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L’accès aux données avec Jean-François Champagne

Jean-François Champagne, président de l’AIA Canada, a tracé un portrait des enjeux de l’accès aux données des automobiles et invité les gens à signer une pétition en ce sens. PHOTO Autosphere

 

En entrevue avec Autosphere Jean-François Champagne, président de l’AIA Canada, a bien voulu répondre à une série de questions portant sur l’accès aux données électroniques des véhicules.

Pour cerner cet enjeu, de toute première importance pour le marché secondaire automobile, Autosphere a soumis six questions ouvertes à M. Champagne.

Autosphere : Quelle est l’importance de l’accès aux données électroniques ?

JF Champagne : Ces données informent sur tout l’aspect diagnostic et performance du véhicule. Bien au-delà des voyants dans le tableau de bord, ce sont des codes qui peuvent aussi prédire certains entretiens et réparations.

Ces données sont mal comprises par le grand public. Un tiers des Canadiens, selon nos sondages, disent être propriétaires de ces informations. Un autre tiers considère que ces données appartiennent aux constructeurs automobiles alors que les autres ne peuvent se prononcer.

Nos sondages indiquent aussi que 60 % des automobilistes canadiens seraient prêts à partager ces données avec leur atelier indépendant alors qu’un pourcentage équivalent n’ont pas objection à les partager avec le concessionnaire.

Selon l’AIA Canada, les consommateurs canadiens sont également favorables à un partage des données de leurs véhicules avec les constructeurs ou les ateliers indépendants. PHOTO AIA Canada

Traditionnellement ces informations se trouvent dans le véhicule, mais de plus en plus, elles sont accessibles à distance.

Autosphere : Quel peut être l’impact de la télématique sur le marché secondaire ?

JF Champagne : L’atelier utilise le port OBD2 pour accéder aux données de véhicules et effectuer les reprogrammations. Il y a maintenant dans les véhicules des systèmes qui transmettent de façon instantanée et constante ces informations aux constructeurs automobiles. Ce n’est plus le choix du consommateur. On pourrait voir un jour où il n’y aurait plus de port OBD sur les véhicules. C’est là où il faut faire attention, car cela donne un avantage substantiel aux constructeurs.  Car ils pourraient limiter l’accès aux données pour l’atelier indépendant.

C’est ça l’impact de la télématique et pourquoi nous travaillons sur l’accès à l’information.

Autosphere : Quelles sont les limites de l’entente CASIS ?

JF Champagne : L’entente CASIS est une entente à l’amiable entre le marché secondaire et les constructeurs automobiles pour le partage et l’accès à l’information. Cela a été fait autour de 2009 où l’ensemble du parc automobile se branchait sur le port OBD2. Il n’y avait pas de réflexion à l’époque sur l’impact de la télématique. CASIS a relativement bien servi le marché durant de nombreuses années. Mais on est en 2020 et on réalise que la télématique change les choses et on est prêt à revoir le type d’entente qui permettrait de nous assurer le choix du consommateur et l’accès direct à l’information pour le marché secondaire nécessaire à effectuer l’entretien et la réparation des véhicules. C’est le temps de passer à autre chose.

Autosphere : Comment décrivez-vous la situation avec les constructeurs ?

JF Champagne : Depuis 2016, 2017, il a eu beaucoup de conversations avec les constructeurs automobiles au sujet du problème qui va être posé par la télématique et par l’accès direct aux informations par les constructeurs. Les conclusions c’est qu’il y a peu de mouvement et d’intérêt de la part des constructeurs. Je crois que leur position est d’en parler le moins possible et ça leur permet de dévoiler de nouveaux systèmes qui leur permettent de créer, si on veut, un monopole de l’information.

Que ce soit pour la carrosserie ou la mécanique, c’est critique d’avoir un accès direct à ces informations pour faire une réparation qui, du côté du consommateur, est abordable, efficace et sécuritaire. Il faut continuer à offrir des choix.

Autosphere : Que se passe-t-il aux États-Unis, notamment au Massachusetts ?

JF Champagne : C’est une grande victoire pour l’ensemble du marché secondaire. On revient au droit à la réparation. C’est en 2012 où une loi a été adoptée dans l’état du Massachusetts qui donnait le droit aux consommateurs de partager les données avec le réparateur de leur choix. Mais il n’y avait pas de provision au sujet de la télématique. Le résultat du référendum du 3 novembre va donner accès à ces données sur le téléphone cellulaire des consommateurs par une plateforme standardisée dès 2022. Ça donne un accès direct aux informations sans être dépendant des constructeurs automobiles.

Si vous vous poser la question à savoir à quel point c’est important, sachez que c’est la question référendaire dans laquelle a été injecté le plus d’argent dans l’histoire du Massachusetts. Beaucoup de publicité des constructeurs venait dire que la seule façon qu’un véhicule soit réparé de façon sécuritaire, c’est sous la gouverne des constructeurs.

C’est la grande bataille de la numérisation de notre industrie. Et les grands joueurs comprennent l’importance de contrôler l’information et d’éliminer la compétition en contrôlant ces barrières-là. Au final, cette décision indique que la grande majorité des consommateurs veulent continuer à avoir le choix et l’accès à ces informations. Et c’est la même chose pour les Canadiens.

Autosphere : Quelles sont les stratégies de l’AIA Canada dans ce dossier ?

JF Champagne : Je suis fier d’annoncer que tout récemment on a lancé au Canada la campagne Your, Car, Your Data, Your Choice construite par nos partenaires américains, Auto Care Association et l’AASA, il y a environ deux ans. Nous amenons cette campagne au Canada pour sensibiliser la population, mobiliser l’industrie et informer les gens du gouvernement de l’importance de l’accès à l’information. Il faut continuer à offrir des choix aux Canadiens sur la façon dont ils veulent faire entretenir leurs véhicules.

Le moment pour le faire est excellent, le gouvernement fédéral travaille sur une réforme de la loi sur la protection des données personnelles. Cette refonte vise à offrir aux Canadiens un meilleur contrôle sur leurs informations.

Dans nos sondages, 88 % des consommateurs pensent que ce sont eux qui devraient être en contrôle des informations générées par leurs véhicules. Le projet de loi, notre campagne et l’attitude des Canadiens s’alignent très bien pour dire qu’il doit y avoir une réglementation au Canada qui va continuer d’assurer que ce sont les Canadiens qui ont le contrôle de l’information de leurs véhicules et qu’ils puissent la partager avec l’atelier de leur choix.

J’ai dit aux gens de l’industrie que je veux 100 000 signatures sur cette pétition – change.org/PétitionCanadienne – ce qui représente le quart des gens de notre industrie. Mais je sais que la population sera aussi intéressée à la signer. Chaque signature sera un courriel qui sera envoyé au ministre responsable de la refonte de la loi.

Catégories : Éditorial, Mécanique
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