Quand l’électrique force la mécanique à se réinventer

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Daniel Breton, président-directeur général de Mobilité Électrique Canada (MEC)

L’idée selon laquelle un véhicule électrique ne requiert aucun entretien continue de circuler… et pas seulement chez les consommateurs.

Pour Daniel Breton, président-directeur général de Mobilité Électrique Canada (MEC), cette perception erronée pourrait coûter cher aux ateliers de mécanique qui n’anticipent pas le virage. « Les garages qui se limitent à l’essence finiront par s’autoexclure d’une part croissante du marché », prévient-il.

Et la tendance est irréversible. En 2015, le Québec comptait à peine 5 000 véhicules hybrides et électriques. Aujourd’hui, ce nombre a franchi la barre du 400 000. Les projections évoquent 1,5 million d’ici cinq ans et jusqu’à trois millions en 2035, soit la moitié du parc automobile de la Belle Province. Pour les ateliers, la question n’est plus de savoir si la transition aura lieu, mais bien comment s’y préparer.

Les leçons du passé

Un retour en arrière s’impose pour comprendre l’importance de se moderniser pour survivre et prospérer. L’histoire automobile compte de nombreuses révolutions technologiques. « Lors de l’arrivée des systèmes à injection ou des ordinateurs de bord, certains garages n’ont pas su s’adapter. Ils ont été laissés en plan parce qu’ils ne voulaient ou ne pouvaient pas investir dans de l’équipement de pointe, ou refusaient tout simplement d’apprendre la nouvelle technologie », rappelle M. Breton. Le parallèle avec le passage à l’électrique est évident : l’atelier qui rejette le concept d’évolution court à sa perte.

Les véhicules électrifiés exigent des compétences spécifiques. En plus d’en comprendre les diverses motorisations (hybride, hybride rechargeable et entièrement électrique), les techniciens doivent connaître les différentes batteries pour pouvoir les changer ou les réparer. « Certaines sont modulables et faciles à réparer, tandis que d’autres sont beaucoup plus complexes », note-t-il. Et l’arrivée de nouvelles technologies et compositions risque de compliquer encore davantage la donne.

En excluant les établissements spécialisés, M. Breton déplore que la majorité du personnel qui œuvre dans les ateliers de mécanique ne soit toujours pas formée pour assurer l’entretien ou la réparation de VE. « Souvent, dans un concessionnaire ou un garage grand public, on va trouver un, peut-être deux techniciens certifiés. Mais ça reste une minorité. Et ça, c’est encore un vrai défi. »

Pour combler ce retard, MEC a mis sur pied le Groupe de travail sur la recherche, l’éducation, et la formation, qui rassemble des collèges et universités de partout au pays. Ces établissements d’enseignement se concertent pour créer ou mettre à jour les programmes afin de préparer les futurs techniciens aux réalités de l’électrique… et aux différences entre marques.

Élargir son champ d’expertise

Se cantonner aux moteurs à combustion n’est plus aujourd’hui une alternative viable maintient M. Breton. Refuser d’embrasser les nouvelles technologies équivaut à se priver volontairement d’une part de marché appelée à croître considérablement dans les prochaines années et les prochaines décennies. Il soutient que la prospérité des ateliers de mécanique repose sur la formation continue, mais aussi sur la polyvalence, car les motorisations à essence et électriques coexisteront encore longtemps.

M. Breton souligne que la transformation technologique ne se limite pas aux groupes motopropulseurs. « Faisons abstraction des VÉ. Les véhicules d’aujourd’hui intègrent de nombreuses technologies embarquées. » Ces dernières causent des maux de tête à plusieurs constructeurs traditionnels qui font de la mécanique depuis des décennies, voire plus d’un siècle. S’ils possèdent une expertise avec le hardware, ils ne maîtrisent pas encore tout l’aspect software, observe le PDG.

Problèmes de mises à jour, bogues, fonctionnalités capricieuses… « Le côté logiciel représente un énorme défi pour plusieurs marques et pour ceux qui entretiennent et réparent les véhicules ». Mais pour les ateliers, cet enjeu peut se transformer en opportunité, soit attirer une nouvelle génération de technophiles. Ces jeunes qui ont grandi avec les ordinateurs pourront ainsi exploiter leur expertise en informatique dans le secteur de l’automobile « et faire autre chose que juste faire des changements d’huile ».

Le marché secondaire a tout intérêt à se positionner croit M. Breton. Miser sur des spécialistes formés, c’est non seulement rester compétitif, mais aussi devenir une référence.

Une industrie en mutation

Le passage au véhicule électrique ne sonne pas la fin du métier de mécanicien, il en redéfinit les paramètres. Une transition réussie passe inévitablement par la formation continue et l’intégration de nouveaux outils pour maîtriser les dernières technologies.

Ceux qui suivront le mouvement profiteront d’un marché en croissance. Les autres, qui refuseront de s’adapter, mettront en péril leur propre existence.

Le mythe du VE sans entretien, lui, doit être rangé au placard. L’avenir du métier se joue désormais autant sous le capot que derrière un écran.

Outil incontournable pour démystifier l’univers du véhicule électrique, ce guide pratique, signé de la main de M. Breton, présente un tour d’horizon factuel et complet pour faciliter son adoption. Sa 4e édition actualisée propose un survol des modèles offerts au Canada et couvre les multiples facettes de l’électromobilité.

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