Le CCIF de Montréal aborde les questions de l’heure

Emily Chung, présidente de l’AIA Canada, prenant la parole en ouverture du CCIF de Montréal. Crédit : Michel Beaunoyer
Le 18 septembre, dans le cadre du CCIF, 320 représentants du secteur de la carrosserie se sont retrouvés à l’hôtel Marriott de l’aéroport de Montréal pour une journée entière de conférences et d’ateliers spécialisés portant sur des sujets aussi importants que l’accueil et le développement de la main-d’œuvre ou l’impact de l’intelligence artificielle dans les opérations quotidiennes des ateliers de carrosserie.
Orchestrée par le président sortant du comité directeur du Forum canadien de l’industrie de la carrosserie (CCIF), Sylvain Séguin, cette journée a été particulièrement dense en partage d’information. L’approche était d’autant plus intéressante que ce sont souvent des gestionnaires qui sont venus partager leurs expériences, appuyés par des experts directement liés au secteur de la carrosserie.
Après un mot d’accueil par Emily Chung, présidente et directrice générale de l’AIA Canada, le micro a été cédé à Jonathan Pilon, président de la Corporation des carrossiers professionnels du Québec (CCPQ). Cette présence remarquée de cette association à la tribune du CCIF marque un clair rapprochement entre les deux associations et une illustration de la volonté de M. Pilon de solidifier la reconnaissance du secteur en unifiant les voix de ses représentants.
Dans sa présentation, le président de la CCPQ a mentionné l’effet déstabilisateur qu’a le changement de politique pour les travailleurs étrangers temporaires, dont le départ cause d’importantes turbulences dans les ateliers. « Cette situation nous est imposée alors que nous voyons que près du quart de nos techniciens comptent prendre leur retraite d’ici cinq ans », déplore M. Pilon.
Il constate aussi le faible niveau de diplomation des techniciens en carrosserie et questionne par la même occasion l’attrait d’une trop longue période de formation nécessitant 1650 heures pour l’obtention d’un DEP. « Ce programme pourrait être raccourci et scindé en deux, une partie pour le peintre et une autre pour le débosseleur. »
L’invitation de M. Pilon à travailler plus étroitement avec les centres de formation professionnelle a trouvé un écho lors de la présentation de Patrick Marcotte, formateur au Centre de formation professionnelle de Verdun, qui a expliqué l’importance de préparer l’arrivée des nouveaux travailleurs en carrosserie, qu’ils arrivent de l’école ou soient référés par des employés actuels. « Je recommande aux gestionnaires d’établir un programme d’accompagnement sur 30 jours », a expliqué l’enseignant avec une approche très terre à terre. « Ces 30 premiers jours sont déterminants. S’il passe le premier mois à passer le balai ou à préparer des couvre-pare-chocs pour la peinture, il ne restera pas. Il faut l’accompagner, lui préciser nos attentes et lui confier graduellement plus de tâches pour le guider vers l’autonomie », résume le formateur.
Robot et IA
Nick Allegretta, propriétaire de Fix-Auto Décarie, a captivé l’attention des participants lors de son atelier où il expliquait comment il a récemment intégré un robot dans sa chambre à peinture. Mentionnons qu’Autosphere.ca avait d’ailleurs publié un article sur cette technologie récemment. Sa présentation illustre à quel point son entreprise incarne la modernité. Outre le robot, l’établissement adopte l’intelligence artificielle (IA) dans la préparation des estimations et un mélangeur à peinture robotisé prépare avec précision la prochaine application.
« Avant d’acheter un robot, c’est à mon peintre que j’ai parlé, explique avec le sourire M. Allegretta. Je lui ai demandé d’analyser les technologies disponibles et de voir si ça pouvait être intéressant et rentable pour notre atelier. C’est lui qui a conclu qu’on en avait besoin. Donc, pour lui, le robot est un allié et non pas une menace pour son travail. » Estimant le retour sur investissement pour le robot à environ sept ans, le gestionnaire constate un gain en efficacité mais aussi une réduction du gaspillage lors des pulvérisations.
Deux experts ont pris place sur scène pour aborder comment l’IA se glisse dans leurs opérations. Le gestionnaire d’ateliers Brad Green était accompagné de John Cox, de la compagnie AkzoNobel pour expliquer comment il avait mis à l’essai diverses solutions dans son entreprise. « Nous avons lancé un agent virtuel qui répond aux appels hors des périodes d’ouverture, explique M. Green. Au début, les gens se fâchaient et réclamaient de parler à un humain. Mais après 18 mois d’opération, nous avons peaufiné le système qui est devenu plus efficace et convivial. »
Un effet bénéfique de ce projet a été la récolte de beaucoup de données, notamment sur les demandes les plus fréquentes des clients.
L’autre application de l’IA a été l’élimination de tâches répétitives. « Nous l’avons mis à l’essai pour l’analyse des suppléments et des estimations, explique l’entrepreneur. Si les données sont solides, ce que l’IA va bientôt nous offrir, c’est davantage de prédictibilité dans nos opérations. »
M. Cox se réjouit des percées de ces solutions dans les ateliers, notant que l’IA peut absorber une bonne partie des tâches administratives qui ont migré des assureurs aux ateliers de carrosserie au fil des ans. « Toutefois, il faut mesurer là où l’IA performe et là où l’expertise humaine est incontournable. L’IA peut faire des recommandations qu’un humain doit valider. De plus, ce n’est pas l’IA qui va interagir avec les membres de votre équipe ou avec vos clients. On peut demander, par exemple, lors de l’estimation des travaux, de favoriser la réparation au remplacement, mais c’est l’employé qui doit voir si la solution est applicable. »
La question de l’IA a d’ailleurs été le sujet de la dernière conférence de cette édition du CCIF. Omar Nabil de Solera / Audatex a expliqué comment l’analyse de colossales bases de données permettait à l’IA d’intervenir dès le sinistre pour guider le consommateur vers les services appropriés. « Par la suite, l’estimation à partir des photos, la préparation de la réparation dans le respect des procédures du constructeur et les mises à jour régulières avec le client peuvent en grande partie être automatisées par l’IA », résume l’expert.
À la conclusion de la rencontre, Sylvain Séguin a présenté son successeur, David Foster, vice-président des opérations et du développement chez CARSTAR Canada, qui occupera la présidence du comité directeur du CCIF.
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