Les défis technologiques illustrés à Automechanika
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Le gigantesque site d'Automechanika à Francfort a vu le passage de 112 000 visiteurs. Crédit : Michel Beaunoyer
Durant cinq jours en septembre, 112 000 visiteurs professionnels du marché secondaire automobile se sont retrouvés à Automechanika à Francfort, en Allemagne, pour découvrir les plus récentes offres de fournisseurs venus de 80 pays. Autosphere était sur place et tire de cette visite, où son rédacteur en chef a rencontré plusieurs représentants de compagnies de pointe, quelques constats intéressants.
Tout d’abord, les fournisseurs de pièces de remplacement et d’équipements spécialisés veulent clairement être en mesure de répondre aux besoins des ateliers indépendants pour les années à venir. Un énoncé tout simple qui cache plusieurs réalités.
« De plus en plus de véhicules électriques arrivent à l’échéance de leur garantie d’origine », indique André Ramos au kiosque Robert Bosch dédié aux équipements pour les ateliers du marché secondaire. « Les automobilistes qui ont fait ce choix de technologie réalisent maintenant ce qu’il en coûte de les réparer, surtout si les problèmes émanent du système à haute tension ou du freinage régénératif, entre autres. »
L’autre constat, c’est que l’ouverture des marchés à de nouveaux constructeurs venus d’Asie pousse les fournisseurs à élargir considérablement leurs catalogues de pièces de remplacement. Même les constructeurs ajustent leur offre sur le marché européen en proposant non seulement des pièces d’origine, mais aussi des pièces équivalentes.
D’ailleurs, une visite au kiosque de Stellantis est très éclairante à ce propos. Le constructeur offre un programme de certification pour les ateliers de mécanique (pratique courante en Europe), via le réseau EUROREPAR Car Service, et leur propose des pièces d’origine MOPAR, mais aussi des pièces plus accessibles EUROREPAR pour des véhicules plus âgés. Qui plus est, Stellantis offre aussi sur ce marché des pièces recyclées sous la marque SUSTAINera.
Simplifier le catalogue
En conférence de presse, Jens Willem Schüler, président de Schaeffler Vehicle Lifetime Solutions, expliquait justement que la mission de son entreprise est de suivre ces technologies et de les simplifier pour ses clients. Le fournisseur de pièces de remplacement a concentré en un seul catalogue toutes ses pièces, destinées aux voitures à essence comme électriques, et va graduellement fusionner ses marques secondaires (INA, LuK et FAG) sous la signature graphique de Schaeffler au cours des trois prochaines années.
« Nous misons sur le partage des connaissances avec nos clients par le truchement de notre portail de formation REPXPERT et travaillons étroitement avec les constructeurs pour nous assurer de l’accès aux données relatives au diagnostic et aux processus de réparation. Évidemment, à travers ces changements, il n’en demeure pas moins que le parc automobile est encore composé à la vaste majorité de véhicules à motorisation à essence. Il est important pour nous d’assurer à nos clients l’accessibilité à ces pièces de remplacement tant que ces véhicules seront sur la route. »
Même désir de simplification de l’offre chez la division après-vente de ZF où le directeur de cette division, Philippe Colpron, indiquait que toutes les marques complémentaires de pièces se grefferaient aussi graduellement au visuel principal. « Nous sommes confrontés à une diversité de véhicules autant en matière de modèles, de technologies de motorisation que d’âge, souligne M. Colpron. Le marché mondial de la mobilité a besoin du soutien des ateliers de mécanique indépendants. Notre rôle est de travailler avec ces partenaires pour nous assurer que les bonnes pièces et les informations pour la réparation soient accessibles. Le fait que nous produisions aussi des pièces d’origine est un avantage à ce chapitre. »
M. Colpron mentionne aussi que c’est le rôle de sa division d’accompagner les ateliers afin qu’ils puissent réparer des systèmes de plus en plus complexes au lieu de simplement les remplacer.
Offre électrique et asiatique
C’est d’ailleurs exactement un des sujets abordés avec Stéphane Gendron du fournisseur SKF, fabricant de pièces de roulement, de moteur, de direction et de suspension. « Nous sommes à une époque où les ateliers apprécient de recevoir des ensembles pour le remplacement de composantes comme les chaînes de distribution et leurs accessoires. Toutefois, il faut aussi savoir cibler les réparations, reprend M. Gendron. Par exemple, les véhicules électriques arrivent à l’échéance de leur couverture par les garanties d’origine. Nous développons des pièces capables de résister aux contraintes des systèmes d’entraînement électrique, notamment aux hautes vitesses de rotation. » Réparer un réducteur de rotation sur une motorisation électrique serait de trois à dix fois moins dispendieux que de le remplacer.
Il concède toutefois que le diagnostic sur les véhicules de nouvelle génération demande un accompagnement et de la formation du côté des techniciens, ce qui est un des volets de l’offre de SKF.
Greg Snyder, directeur de compte pour l’Amérique du Nord, rencontré au kiosque de GSP à Automechanika, est bien d’accord avec son collègue en précisant que les fournisseurs de pièces du marché secondaire ont une grande responsabilité envers les électromobilistes. « Il faut soutenir leur choix en nous assurant qu’avec nos pièces de remplacement et notre partage de connaissances, le coût de propriété soit avantageux pour les VÉ. »
M. Snyder profite de l’occasion pour indiquer que son entreprise est bien positionnée pour l’accueil des véhicules chinois, sur notre continent comme ailleurs dans le monde. Comme d’autres fabricants rencontrés lors de cette grande foire commerciale, GSP produit des pièces d’origine pour les constructeurs automobiles chinois, ce qui rend le transfert plus simple vers les ateliers indépendants. Lors de notre passage au kiosque de GSP, nous avons d’ailleurs croisé Tony Tang, responsable du développement des affaires du fournisseur en Chine.
Les fournisseurs européens de pièces de remplacement, qui ont une empreinte mondiale, sont donc bien placés pour accompagner l’arrivée de véhicules chinois ou indiens, selon les marchés. Selon M. Snyder, l’implantation de solutions de mobilité chinoises au Canada n’est pas surprenante, leurs technologies ayant été validées dans des conditions semblables aux nôtres ailleurs dans le monde.
Formation et technologie
Au sujet de la formation, Automechanika offrait un large programme à ce chapitre, un hall y étant consacré alors que les centres de formation, mais aussi plusieurs fournisseurs d’équipement, accueillaient les techniciens assoiffés de connaissances. Cette approche était aussi abordée par de nombreux fournisseurs, directement à leur kiosque, notamment le fournisseur KYB.
Ryan Dickerman, directeur des ventes pour ce fournisseur de pièces de suspension et de direction, animait justement un atelier portant sur les suspensions actives lors de notre passage. « Il faut expliquer dès maintenant ces nouvelles applications techniques qui vont graduellement se présenter dans nos ateliers indépendants, explique-t-il. Ce sera un défi pour nos techniciens, avec des diagnostics plus pointus à effectuer, des pièces plus complexes à remplacer et, souvent, à calibrer ou à programmer après l’installation. »
Il souligne lui aussi que l’arrivée des véhicules électriques dans les ateliers représente certes un défi, mais également de belles occasions d’affaires. « Pour parler de mon domaine, les véhicules électriques sont lourds et mettent à mal la suspension. On devrait systématiquement y porter attention lors des inspections. »
En effet, si les véhicules électriques et hybrides venus de près comme de loin affichent un haut niveau de technologie, ils demeurent porteurs de bien des pièces mécaniques qui vont s’user ou se briser comme sur tout autre véhicule.
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