La malédiction du propriétaire

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Mike Urban, propriétaire-exploitant, Urban Automotive, Oakville, Ont. Crédit : Mike Urban

Pourquoi les propriétaires d’entreprise ne décrochent-ils jamais vraiment ?

Si vous détenez un atelier de réparation automobile, vous avez sans doute entendu la phrase « ce doit être plaisant d’être son propre patron » plus souvent qu’à votre tour. Les gens s’imaginent la liberté, la flexibilité et les longs dîners. Ils vous voient assis dans un bureau pendant que les autres font le gros du travail.

Ce qu’ils ne réalisent pas, c’est que la plupart des propriétaires d’atelier n’ont pas vraiment mis leur cerveau à off depuis des années.

Compétences acquises

Avant de devenir entrepreneur, j’ai passé 17 ans à travailler pour une grande surface canadienne. À 23 ans, je suis devenu le plus jeune directeur de magasin de l’entreprise. En sept ans, j’ai déménagé neuf fois pour l’organisation et j’ai dirigé une équipe moyenne de 150 employés. J’y ai appris le leadership, la résolution de problèmes, l’organisation et la gestion de la pression. Je suis devenu très habile pour diriger le personnel et prendre des décisions.

Mais pour être tout à fait honnête, il y a une chose que je n’ai jamais aimée… me faire dire quoi faire.

Alors, quand l’occasion s’est présentée de reprendre la franchise d’un garage appartenant à une connaissance, j’ai prêté une oreille attentive à ce qu’il m’a dit :

« Si tu travailles à moitié aussi fort pour toi-même que tu le fais pour cette compagnie, tu vas réussir. »

À 32 ans, je pensais avoir trouvé la liberté. Je me voyais déjà avoir plus de congés, plus de souplesse et la capacité de bâtir quelque chose à mon image. Je croyais qu’avoir des employés me permettrait de prendre du recul et de récolter les fruits du statut de propriétaire.

Pour les propriétaires d’ateliers de mécanique automobile, être constamment sur le qui-vive fait partie du métier. Crédit : Huw Evans

Une différence colossale

J’ai très rapidement compris qu’il y a une différence colossale entre gérer l’argent d’un autre et gérer ses propres finances. Surtout quand l’hypothèque, les prêts, la paie et l’avenir de votre famille dépendent directement de votre entreprise.

C’est là que j’ai découvert ce que j’appelle aujourd’hui « la malédiction du propriétaire ».

Cette malédiction n’est pas un élément isolé. C’est la lourdeur mentale constante liée au fait d’être propriétaire. C’est la réalité où l’esprit ne décroche jamais vraiment.

Pour la majorité des propriétaires d’atelier, la paie suffit à elle seule à causer des insomnies. Et je ne parle pas seulement du salaire des employés. Je parle des charges sociales, des avantages sociaux, de la CNESST, des paies de vacances, des retenues à la source gouvernementales et de tout ce qui vient avec la gestion d’une équipe. Lorsque les affaires ralentissent de manière inattendue, ces responsabilités ne disparaissent pas. La pression ne fait qu’augmenter.

« L’esprit ne décroche jamais vraiment. Mais la passion qui vous a poussé à bâtir votre entreprise au départ ne s’éteint pas non plus.»
– Mike Urban

La réalité du Web

Il y a ensuite la réalité moderne des avis en ligne.

Au moment d’écrire cet article, mon entreprise compte plus de 815 avis cinq étoiles sur Google accumulés au fil des ans. Nous avons travaillé extrêmement fort pour bâtir et protéger cette réputation. Mais la dure réalité est la suivante : un seul client mécontent qui laisse une évaluation d’une étoile peut faire chuter instantanément votre note parfaite et nuire à votre positionnement en ligne.

Que les gens le sachent ou non, les avis en ligne influencent les algorithmes, le classement dans les moteurs de recherche, la confiance des clients et, ultimement, vos revenus. Certains clients comprennent ce pouvoir, d’autres non. Mais pour les propriétaires de petites entreprises, ces avis représentent une charge émotionnelle. Vous rejouez sans cesse les scènes dans votre tête : Aurais-je pu gérer cela différemment ? A-t-on manqué quelque chose ? Le client était-il juste ? Cela va-t-il nuire à nos affaires futures ?

C’est emballant d’être le chef de meute, mais ce dernier est constamment pourchassé, observé et jugé.

Et rien ne pèse probablement plus lourd sur les épaules des propriétaires aujourd’hui que la main-d’œuvre.

Penurie de techniciens

La pénurie de techniciens est bel et bien réelle. Ce qui ressemblait autrefois à un bassin d’artisans qualifiés s’est transformé en une mince flaque d’eau. Tous les propriétaires d’atelier que je connais se préoccupent de garder leurs employés clés heureux. Vous investissez des milliers de dollars en formation, en équipement, en mentorat et dans la culture d’entreprise, tout en sachant qu’un garage au bout de la rue pourrait offrir un dollar de plus l’heure à votre technicien dès demain.

Recevoir une lettre de démission d’un employé n’est pas seulement frustrant sur le plan financier. C’est personnel. Vous pensez aux années investies pour l’aider à cheminer. Vous pensez à la pression que cela crée maintenant pour le reste de votre équipe. Vous pensez aux clients qui en subiront les contrecoups. Et au plus profond de vous, vous vous demandez si vous auriez pu faire quelque chose de plus.

C’est un poids émotionnel difficile à porter que plusieurs personnes à l’extérieur du monde des affaires ne comprennent pas entièrement.

Des coûts en hausse

Dans le même ordre d’idées, les frais d’exploitation continuent de grimper partout où l’on regarde. Les hausses de prix des fournisseurs sont devenues presque routinières. Ce n’est plus choquant de recevoir un courriel annonçant une augmentation de 20 % sur plusieurs lignes de produits. Les assurances augmentent. Les services publics augmentent. Le coût des équipements augmente.

Mais les clients ne voient pas toujours ces coûts à la hausse.

Parfois, une simple petite hausse du prix d’une vidange d’huile peut faire sourciller. Dans le meilleur des cas, le client pose des questions. Dans le pire des cas, il disparaît discrètement et ne revient plus jamais.

Le propriétaire absorbe toute cette pression intérieurement.

Et puis, il y a le volet familial, cette facette de l’entrepreneuriat dont personne ne vous parle.

Encore à l’atelier

Il y a des soirs où vous êtes physiquement assis avec votre famille, mais mentalement encore à l’atelier à penser à l’horaire du lendemain, au retour sous garantie dans la baie trois, ou à la facture du fournisseur que vous n’attendiez pas.

Et si vous choisissez l’entreprise au détriment du temps en famille, vous vous sentez coupable de rater ces moments à la maison.

Ce tiraillement ne disparaît jamais complètement.

L’un des aspects les plus étranges du statut de propriétaire est à quel point on peut se sentir seul. Vous pouvez passer votre journée entière entouré d’employés, de clients, de vendeurs et d’appels téléphoniques, tout en vous sentant complètement isolé à porter le poids des décisions.

Votre personnel cherche des réponses auprès de vous.

Vos clients s’attendent à des solutions.

Votre famille veut être rassurée.

Pendant ce temps, vous essayez tranquillement de tout maintenir en place tout en vous demandant si vous prenez les bonnes décisions.

L’envers du décor

Personne ne vous enseigne vraiment cet envers du décor. Les réseaux sociaux et l’IA peuvent rapidement vanter les côtés stimulants du monde des affaires : la flexibilité, l’indépendance, la croissance, le succès.

Mais à moins de poser des questions directes, très peu de gens parlent ouvertement du coût émotionnel.

Les nuits d’insomnie.

L’anxiété.

La planification constante.

La pression de garder tout le monde à flot tout en portant silencieusement votre propre stress.

Et pourtant, malgré tout cela, la plupart des vrais entrepreneurs ne changeraient leur place pour rien au monde.

Parce que sous le stress se trouve un sens.

Il y a de la fierté à bâtir quelque chose à partir de rien. Il y a de la satisfaction à aider les clients, à faire vivre des familles grâce aux emplois créés, à former de jeunes techniciens et à façonner une entreprise qui porte votre nom sur la façade.

Oui, la malédiction du propriétaire existe bel et bien.

L’esprit ne décroche jamais vraiment.

Mais la passion qui vous a poussé à bâtir l’entreprise au départ ne s’éteint pas non plus.

Et c’est peut-être cela, la vraie différence entre avoir simplement de l’argent en jeu et être un véritable entrepreneur.

L’un est un travail ; l’autre, un mode de vie. À la prochaine !

Catégories : Éditorial, Mécanique
Étiquettes : Urban Automotive

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