Quand et comment les VÉ chinois seront-ils vendus ici ?

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L'ouverture du marché canadien aux véhicules électriques chinois. Source : Evanto

Par qui et comment seront vendus les véhicules électriques chinois dont le gouvernement canadien vient d’alléger significativement les droits de douane ?

Appréhension, enthousiasme et incertitude, autant d’émotions vécues par les concessionnaires québécois à l’aube de l’arrivée tant attendue des véhicules électriques chinois abordables au Canada.

Tout d’abord, il faut mentionner que des véhicules électriques fabriqués en Chine sont déjà en vente sur notre territoire. Ainsi, Tesla et Polestar fabriquent plusieurs de leurs modèles en Chine. La réduction des frais de douane de 100 % appliqués en 2024-2025 aux VÉ chinois, qui sont actuellement d’environ 6 %, leur sera grandement favorable.

Le système de quotas établi par Ottawa prévoit la livraison annuelle de 49 000 véhicules électriques ou hybrides rechargeables chinois dès cette année. L’accord envisage qu’une partie importante de ces entrées sera offerte à un prix abordable. En fait, les constructeurs chinois n’auront guère le choix s’ils veulent rivaliser avec les fournisseurs déjà établis, puisqu’ils ne peuvent pas bénéficier des incitatifs fédéraux, la Chine ne comptant pas d’accord de libre-échange complet avec le Canada. De plus, l’accès à long terme au marché repose sur un engagement de mettre en place des usines d’assemblage ou des partenariats de production d’ici trois ans.

Un modèle comme le Dolphin de BYD pourrait être proposé au détail sous la barre des 35 000 $. Source : BYD

Les nouveaux venus

Des véhicules électriques fabriqués en Chine sont déjà disponibles chez nous. Ce qui fait couler beaucoup d’encre en ce moment, c’est de savoir comment des constructeurs comme BYD, Zeekr ou Chery, pour ne mentionner qu’eux, vont aborder notre marché.

Selon les analystes, il faudra possiblement attendre 2027 pour voir s’installer une mise en marché structurée. « Nous entendons des rumeurs de toutes parts », indique Ian Sam Yue Chi, président de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec (CCAQ). « S’il ne fait guère de doute que les véhicules électriques et hybrides rechargeables chinois seront commercialisés au Canada, ce qui reste à savoir, c’est quel sera le plan d’affaires de ces entreprises sur notre territoire. »

Ce que réclame le président de la CCAQ, c’est que les constructeurs chinois passent par un encadrement par concession. Les entreprises chinoises n’ont pas la réputation d’être faciles en affaires, et les concessionnaires d’ici doivent bien s’informer s’ils envisagent de saisir cette opportunité commerciale. En effet, de nombreux concessionnaires établis sont déjà en contact avec des constructeurs ou des agents chinois, alors que les visites dans l’Empire du milieu se multiplient. Des marques comme NIO, Chery et Xpeng ont enregistré leurs marques au Canada et mis leurs voitures en essais hivernaux pour s’assurer de leur capacité à opérer dans nos conditions extrêmes.

Pour sa part, BYD (Build Your Dream), le plus important constructeur de VÉ au monde, vise l’ouverture d’une vingtaine de points de vente au Canada avant la fin de l’année courante.

Une commercialisation à préciser

« Il va falloir regarder attentivement les ententes », reprend M. Sam Yue Chi. « Nous pressons le gouvernement de s’assurer de favoriser la formule des concessions, d’autant que ces véhicules sont méconnus des consommateurs qui voudront avoir l’assurance de transiger avec des entreprises sérieuses, établies au pays. » Cela rappelle la Turquie, qui accueille les constructeurs automobiles étrangers de toutes origines à condition que ces derniers possèdent au moins une vingtaine de points de service de leur marque répartis dans le pays.

Chose certaine, même si la demande en matière de véhicules 100 % électriques semble bien desservie présentement, l’annonce de l’arrivée de nouveaux compétiteurs provoque une belle agitation dans le secteur. La promesse de volumes qui semblent limités sur un marché de 1,9 million de véhicules légers neufs vendus au Canada vient secouer les perceptions. En effet, ces 49 000 unités représenteraient entre 15 % et 20 % de l’offre électrique au Canada, selon l’évolution de la demande. On prévoit d’autant plus de turbulences si les prix demandés sont accessibles aux portefeuilles des premiers acheteurs de VÉ.

« Nous sommes opposés à la vente directe », tranche de son côté Jacques Olivier Junior, président de la Corporation des concessionnaires d’automobiles de Montréal et président du groupe éponyme comptant 22 concessions. « Les Chinois ont montré leur intérêt à offrir des franchises à des gestionnaires de concessions bien établis. Ils ont besoin de partenaires et de la possibilité d’offrir un service localement. Idéalement, au niveau gouvernemental, il faut aussi que cette aventure soit un vecteur de création d’emplois. »

M. Olivier est intéressé à intégrer un point de vente de véhicules chinois dans son offre. « Si le plan d’affaires est intéressant, oui, j’embarque. Mais il ne faut pas s’attendre à des voitures à rabais. Selon moi, on peut envisager un écart de quelques milliers de dollars tout au plus. »

Oui, le prix ne pourra pas être compensé par les incitatifs dont nous avons parlé. Toutefois, selon les échos que nous en avons, les véhicules chinois qui vont débarquer ici seront moins chers que leurs concurrents actuellement sur le marché, d’une qualité de fabrication équivalente et, surtout, comportant des technologies très innovantes.

Des véhicules innovants

« Nous avons passé une semaine en Chine dans le cadre du Salon de l’auto de Shanghai, sous l’égide de la Corporation des associations de détaillants d’automobiles (CADA) », souligne Alexandre Saillant, vice-président du groupe de concessionnaires du même nom. « Si les Chinois avaient la réputation d’être des copieurs, ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ce sont des innovateurs et ils vont pouvoir mettre sur notre marché des produits supérieurs. L’arrivée des véhicules électriques chinois, affichant un prix plus abordable, va certainement brasser la compétition au détriment des constructeurs nord-américains. »

Le vice-président du Groupe Saillant se dit content de cette nouvelle dynamique. Les consommateurs s’intéressent de plus en plus aux véhicules électriques chinois.

« Je crois qu’il faut être de la partie. Rappelons-nous de l’implantation des constructeurs japonais ici dans les années 1970, qui s’est étalée sur vingt ans, et des Coréens qui ont construit leurs bases et leur réputation au Canada en dix ans. Selon moi, les Chinois vont établir la même empreinte en cinq ans. »

Selon M. Saillant, si les consommateurs vont être attirés par cette nouvelle offre à cause d’un prix hypothétiquement plus bas, c’est la technologie avancée de ces véhicules qui va conclure la vente.

« La nouvelle génération de véhicules chinois, c’est le prolongement du téléphone et de la domotique de pointe », reprend le concessionnaire. « Je crois que c’est la technologie qui va attirer les clients au-delà d’une économie qu’on peut envisager de 4 à 5 000 dollars. »

S’il ne fait aucun doute que les véhicules électriques et hybrides chinois vont bientôt faire leur apparition sur notre marché, ils doivent auparavant franchir la barrière de l’homologation. Les véhicules qui ne sont pas déjà commercialisés ici devront démontrer qu’ils répondent aux normes canadiennes de sécurité (NSVAC). Le processus peut prendre du temps, ce qui explique que nos experts envisagent une présence plus significative de ces VÉ au début de 2027.

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