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2022 : Vers une tempête parfaite

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L’approvisionnement en véhicules neufs est freiné par un ensemble de facteurs. PHOTO Stellantis

Plusieurs défis se posent présentement à l’industrie automobile.

Oh, comme ces mots colorés exprimés depuis l’île des Serpents en Ukraine et repris dans le monde entier comme un appel au rassemblement ont aussi rapidement défini une grande partie de 2022 jusqu’à présent. Invasion russe ? Prix de l’essence ? Inflation ? Marchés boursiers ? Pénurie de nourriture et de matières premières ? Faites votre choix.

Le premier trimestre de 2022 est à peine achevé que des vents contraires s’opposent à la croissance de l’industrie avec la force d’un ouragan. Quand je pense à la conjoncture actuelle, je me rappelle mes cours à l’école de gestion, où on nous parlait de l’acronyme P.E.S.T., qui indiquait qu’il faut bien comprendre les forces politiques, économiques, sociétales et technologiques pour bien analyser une situation à un moment précis. En ce qui concerne le secteur automobile, nous devons constater avec regret que l’analyse P.E.S.T. met en évidence des feux rouges un peu partout.

Une industrie très perturbée

Le mois dernier, l’index des prix en gros des véhicules usagés, publié par l’équipe d’analystes de Cox Automotive, continuait de montrer des prix près des records au Canada. L’index a terminé le mois à 207 %, soit 2 % seulement sous le record absolu de novembre 2021. La pénurie actuelle de tout ce dont l’industrie a besoin explique cette tendance des prix vers le haut. Les chaînes d’approvisionnement et de production mondiales restent gravement enrayées par le nombre d’usines qui sont encore bien loin de se remettre d’aplomb. Obtenir des véhicules neufs ou usagés pose tout un défi actuellement. Je n’anticipe aucun recul des prix des véhicules usagés dans un avenir proche, ni un retour à la normale des approvisionnements en véhicules neufs.

La demande pour les véhicules usagés exportés du Canada aux États-Unis est aussi en croissance. Avec un dollar à 0,78 $, les véhicules canadiens restent attrayants. L’augmentation radicale des prix des carburants fait généralement remonter le huard, ce qui devrait ralentir les exportations de véhicules et faire redescendre les prix de vente. Mais n’oublions pas le contexte actuel : tout peut arriver.

L’invasion de l’Ukraine par les Russes est une catastrophe, sans doute la pire que l’Europe ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Même si on assistait à une désescalade, le chemin vers la reconstruction sera long et ardu. Les actions militaires russes ont contribué à fragiliser encore plus la situation de l’industrie automobile, ce qui en a surpris plus d’un. Il ne faut jamais oublier que, sur les 30 000 pièces qui composent un véhicule, bon nombre proviennent de la Russie et de l’Ukraine.

Principales sources de gaz

L’Ukraine est par ailleurs un des plus grands producteurs de gaz néon, utilisé dans la fabrication de microprocesseurs. Environ 70% du néon dans le monde provient d’Ukraine. L’industrie russe de l’acier est un joueur important dans la production de ce gaz. Lorsque les stocks de néon s’épuiseront, la production de puces sera à nouveau perturbée. Cela n’a pas seulement un impact sur l’automobile, mais aussi sur toute industrie qui a besoin d’un microprocesseur ou qui utilise des lasers industriels.

La Russie joue un rôle clé dans la production de pièces automobiles. Environ un tiers de la production mondiale de palladium, utilisé dans les convertisseurs catalytiques, provient de Russie. L’instabilité économique résultant des sanctions contre tout ce qui est russe est susceptible d’interrompre également ce flux de marchandises. Sans les convertisseurs catalytiques, les véhicules ne seraient pas conformes aux normes d’émission.

L’une des premières préoccupations rapportées par les médias a été l’interruption de la production de faisceaux de câbles en provenance d’Ukraine. Un faisceau de câbles constitue l’épine dorsale d’un véhicule. Chaque modèle, et même chaque variation d’un modèle, a le sien propre. Ils sont très spécifiques aux applications, et souvent un harnais ne fonctionne que pour une certaine finition d’un modèle spécifique. Certains contiennent plus de 1,5 km de fil. Sans faisceaux de câbles, il est impossible de faire fonctionner un véhicule. Plusieurs usines allemandes sont paralysées en ce moment à cause de la pénurie de faisceaux de câbles.

Plus près de chez nous, ce qui a le plus choqué les consommateurs depuis le début de la crise ukrainienne est la hausse du prix des carburants. Il n’y a pas si longtemps, le prix du litre d’essence ne dépassait pas 1,40 $. Au moment d’écrire ces lignes, le prix moyen au Canada se situe autour de 1,80 $, et à plus de 2,00 $ le litre à Vancouver. Certains spécialistes prévoient qu’il pourrait atteindre les 2,20 $ en avril.

Augmentation des coûts de carburant

Il est intéressant de noter que le guide de consommation de carburant 2022 de Ressources naturelles Canada fournit une estimation du coût du carburant pour une année en supposant 1 $ par litre, ce qui est un peu fantaisiste à ce stade. Pour l’adapter à la réalité d’aujourd’hui, nous devrions doubler le coût annuel qu’ils fournissent, qui est basé sur la conduite de 20 000 kilomètres par an. Quel est l’impact pour un consommateur ? Un camion léger équipé d’un moteur 8 cylindres consomme environ 2500 $ de carburant, ce qui signifie que les consommateurs pourraient avoir à débourser 2500 $ de plus par an en carburant si la tendance des prix se poursuit.

À quelques reprises au fil des ans, j’ai essayé d’établir une corrélation entre les prix du pétrole et les ventes de VUS et de camionnettes. On pourrait penser que, si le prix du pétrole monte, les ventes de gros véhicules vont baisser. Mais l’analyse des données montre que ce n’est pas nécessairement le cas. Cependant, un prix de 2,00 $ le litre risque de représenter un seuil psychologique qui, le cas échéant, marquera un changement de comportement des consommateurs, surtout si on considère les options écoénergétiques, même dans le segment des camionnettes, de même que la possibilité pour les acheteurs de changer de segment.

Attachez-vous bien : 2022 ne sera pas de tout repos.


Brian Murphy est directeur général, Kelley Blue Book et solutions de données, Cox Automotive Canada et Brésil. Vous pouvez le joindre à l’adresse [email protected].

 

Catégories : Chronique, Concessionnaires
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