La voiture économique s’envole

Yves Varin du Canadian Black Book constate que le marché de la voiture d’occasion a subi de plein fouet les effets du COVID-19. PHOTO Caroline Morneau

Signe des temps, les consommateurs jouent de prudence en retardant leur décision d’achat d’une voiture neuve ou se rabattent, en bons nombres, sur les voitures d’occasion abordables.

Le marché de la voiture d’occasion au Québec semble se redresser de belle façon. Si les acheteurs sont encore craintifs face à l’acquisition d’une voiture neuve, un bassin de clients gonfle la demande pour les voitures d’occasion à moins de 15 000 $.

Nous sommes encore loin d’une reprise des activités normales sur le marché de la voiture d’occasion.

— Yves Varin, directeur national du développement des affaires, Canadian Black Book.

« Les ventes à l’encan à Montréal ont fondu de 90 % dans le creux de la vague, mais on reçoit un signal prometteur du côté des prêteurs sur une reprise de la demande. On peut comprendre que présentement, malgré la reprise graduelle des activités économiques, les consommateurs restent prudents et reportent l’investissement qu’est l’acquisition d’une voiture dispendieuse. Mais le marché de la voiture d’occasion abordable est très solide, » reprend-t-il.

L’effet PCU

C’est d’ailleurs ce que confirme le concessionnaire Autos Bas Prix de Saint-Hyacinthe où Jean-François Messier avoue avoir connu un très beau mois de juin. Cette entreprise se spécialise d’ailleurs sur la revente de voitures dans une gamme de prix oscillant entre 5 000 et 15 000 $.

« Malgré les contraintes sanitaires et la prudence des gens, nous avons des ventes qui surpassent celles de l’année dernière, à pareille date, explique le directeur de cette concession. Nous n’avons vraiment pas à nous plaindre. »

Messier ne croit pas avoir profité du fait que sa concession était ouverte alors que celles de Montréal étaient toujours confinées pour augmenter ses ventes.

« Nous n’avons pas plus de ventes provenant de clients extérieurs que normalement, estime-t-il. Vous savez, les gens magasinent aujourd’hui le modèle qu’ils convoitent sur Internet et viendront l’acheter ici ou ailleurs s’ils trouvent la perle rare. J’ai vendu une voiture à un client de Val-d’Or la semaine dernière par exemple. »

Selon lui le programme de Prestations canadiennes d’urgence (PCU) a mis de l’argent dans le portefeuille de gens qui ont vu fondre leurs dépenses pendant le confinement. Cela a stimulé les ventes.

L’envie de s’amuser

Éric Dorval, président de la Corporation Mobilis dans la région de Québec est aussi propriétaire de la concession Montmagny Mazda. C’est à ce titre que nous l’avons interrogé sur la vigueur du marché de la revente dans son entreprise. « Je dois avouer que c’est plus tranquille, constate-t-il.

Nous n’avons évidemment pas pu faire notre traditionnelle vente de voitures d’occasion sous le chapiteau cette année, ce qui nous permet habituellement de signer une cinquantaine de contrats de vente. C’est un marché inhabituel présentement dans la voiture d’occasion. Les modèles plus dispendieux peinent à trouver preneur, mais les voitures abordables s’envolent. C’est au point où il est difficile d’en trouver à l’encan pour regarnir l’inventaire. »

Dorval constate aussi un nouveau phénomène ; les consommateurs qui arrivent à l’échéance du programme de location de leur voiture les conservent. « Dans ce climat d’incertitude, le client préfère choisir de payer la valeur résiduelle sur une voiture qu’il apprécie, qui affiche moins de 60 000 kilomètres au compteur et qui vient de fêter son troisième anniversaire, que de s’engager pour un autre terme.

Possédant aussi une concession de véhicules récréatifs M. Dorval est bien placé pour observer un autre phénomène qui ressemble à une tendance nationale : les gens qui ont des liquidités veulent s’amuser. Puisque les budgets normalement réservés aux vacances seront difficilement utilisés cet été, les gens voudront passer du bon temps, près de chez eux.

Les motos, VTT et autres véhicules récréatifs affichent des ventes exceptionnelles. Et, pour en revenir à l’automobile, il a liquidé à une vitesse grand V toutes les voitures d’occasion décapotables qu’il a mises en vente, même les modèles les plus anciens.

Tout le marché chamboulé

Yves Varin rappelle qu’avant la pandémie de COVID-19 l’industrie avait aussi été affectée par la paralysie des transports ferroviaires qui a fait que plusieurs véhicules 2019 n’ont pas encore été livrés. Les inventaires bien garnis chez les concessionnaires et une demande attiédie vont probablement pousser les constructeurs à multiplier les offres.

« On peut s’attendre à de généreux incitatifs de la part des constructeurs d’ici l’automne, prédit M. Varin. Mais par ricochet, cela aura un impact direct sur les ventes de voitures d’occasion. Si le prix demandé pour les voitures neuves baisse, nous anticipons aussi une réduction de 14 à 17 % de la valeur des voitures d’occasion. »

Ce facteur s’explique aussi par le retour d’un très fort volume de voitures de location arrivant à la fin de leur terme. Ce ne sont pas tous les consommateurs qui vont vouloir les conserver. Cette arrivée massive va tirer vers le bas la valeur des voitures de revente.

Un automne prometteur

Nos intervenants s’entendent pour dire que le marché de l’automobile, avant la crise du COVID-19, se portait bien même si un certain ralentissement des ventes était percevable. Personne ne s’attend à ce que la reprise ne permette de rattraper toutes les ventes perdues.

Ceci étant dit, l’ensemble du marché pourrait s’activer cet automne. Les volumes seront disponibles, les offres des constructeurs vont se multiplier et le consommateur pourrait faire de bonnes affaires.

Certains nous rappellent aussi que plusieurs travailleurs essentiels ont accumulé beaucoup d’heures supplémentaires durant cette période de crise et pourront s’offrir soit une voiture neuve ou un véhicule d’occasion plus haut de gamme à l’automne. La reprise des écoles va aussi stimuler la demande pour les voitures d’occasion puisque bien des gens sont craintifs face à l’idée d’utiliser les transports en commun.

 

Catégories : Concessionnaires, Éditorial
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