Accepter les VÉ accidentés en toute sécurité

Le marché secondaire automobile s’ajuste à la demande en matière de réparation de véhicules électriques après collision. Crédit : Envato
Accepter et réparer des voitures électriques ? Pourquoi pas.
Les ateliers de carrosserie partout au Canada voient se présenter un nombre croissant de véhicules électriques. Certains n’acceptent pas de travailler sur tout ce qui comporte une haute tension, d’autres le font de longue date et parmi les autres, certains hésitent.
Le danger de travailler sur des voitures alimentées par une batterie à haute tension est à lui seul un dissuasif. Le marché dicte aussi l’orientation d’un atelier qui ne verra pas l’intérêt d’investir en formation et en équipements si très peu d’automobilistes de sa région roulent à l’électrique.
En abordant ce sujet, l’essentiel à retenir est que des voitures électriques et hybrides possédant des batteries à haute tension subissent des collisions et se retrouvent dans les ateliers de carrosserie. Pour ces derniers, des ressources existent pour recevoir ces voitures, les manipuler et les réparer de façon sécuritaire avant de les remettre sur la route.
I-CAR déploie son offre
Stuart Klein, directeur exécutif du programme I-CAR au Canada, explique que cette plateforme propose actuellement 16 cours en ligne en apprentissage autonome sur les VÉ, dont 11 sont actuellement disponibles en français. Il faut avoir complété huit de ces cours pour avoir accès à la formation pratique de cinq jours. Le directeur recommande aux intéressés de consulter le site www.i-car.ca pour obtenir le détail du catalogue de formation.
M. Klein spécifie que I-CAR n’offre aucune formation spécifique au remplacement ou à la réparation des batteries de VÉ. Toutefois, un technicien qui complète et réussit le programme de cours en ligne et passe les cinq jours de formation pratique sur le VÉ au centre de formation de Milton, en Ontario, sera en mesure d’aborder tout véhicule électrique avec beaucoup plus de confiance.
« Il pourra effectuer des mesures électriques essentielles pour déterminer l’état et la sécurité des systèmes haute tension à l’aide d’équipements de test spécifiques. De plus, il sera en mesure d’appliquer les meilleures pratiques concernant les véhicules électriques et le protocole de sécurité HV (haute tension) d’I-CAR et pourra appliquer les meilleures pratiques entourant le triage des véhicules endommagés. »
L’approche pratico-pratique d’Yves Racette
Nos lecteurs savent qu’on ne pourrait parler de formation sur les véhicules électriques sans mentionner le travail de pionnier mené par le formateur Yves Racette, aujourd’hui directeur de la formation et du développement des programmes chez NAPA, dont celui de NexDrive destiné aux véhicules électriques et hybrides.
Formateur engagé dès la première heure dans la création d’un programme structuré de diagnostic et de réparation de véhicules électriques au Québec, il œuvre maintenant au sein de la famille UAP/NAPA pour diffuser ces connaissances à travers le Canada. Ses services sont en forte demande. En fait, si on comptait 175 000 véhicules électriques sur les routes canadiennes en 2020, ce total aurait dépassé 1,3 million d’unités en 2025.

Si la formation à l’origine visait les ateliers de mécanique, elle a migré vers les carrosseries face à l’augmentation de la demande. Les carrossiers ne veulent pas manquer cette vague et se voir écartés des options offertes en réparation après collision.
« La première étape est de s’assurer que l’atelier est en mesure de recevoir les VÉ. Il faut un espace où le véhicule pourra être mis en quarantaine si l’intégrité du système à haute tension est compromise ou si un doute persiste sur son état. Évidemment, la formation est non négociable, tout comme la disponibilité d’équipements de protection pour les techniciens appelés à manipuler et réparer ces véhicules. Finalement, l’atelier doit avoir accès aux équipements et aux processus des constructeurs pour mener à bien les réparations. »
Pour préparer les techniciens, M. Racette a toujours préconisé les travaux pratiques. Un regard sur le catalogue des cours offerts pour les véhicules électriques confirme cette philosophie alors que seulement 15% des contenus sont théoriques.
En ce qui concerne spécifiquement les techniciens en carrosserie, trois niveaux de formation sont offerts, demandant sept jours de présence en centre de formation. Mentionnons que le programme NexDrive reconnaît certains cours offerts par I-CAR comme équivalents.
Un programme subventionné
Au Québec, les carrossiers ont l’avantage de pouvoir accéder au programme Compétences VÉ+ comptant un volet carrosserie complètement revu. Le grand avantage est que ce programme, relevant d’Innoviste, est couvert par des subventions salariales. Il compte 77 heures réparties sur trois niveaux.
Le premier niveau, consacré à l’électricité de base, ne change pas. Les niveaux 2 et 3, eux, ont été reconstruits à partir de situations réelles en carrosserie, avec des exercices pratiques. « C’est le cœur de toute l’adaptation », rapporte Diane Pageau, directrice du Développement des compétences et formation chez Innoviste.
Tout comme ses collègues formateurs, elle insiste sur le fait que la formation ne fera pas des carrossiers des spécialistes de la batterie. « On ne va pas ouvrir des batteries, on ne va pas jouer dans les cellules », précise la directrice. L’objectif est de comprendre les principes de la haute tension, d’évaluer l’état du véhicule et de savoir comment intervenir en conséquence.
La nouvelle mouture du programme arrive à point nommé. Un nombre croissant de VÉ accidentés se présentent en carrosserie. De plus, beaucoup de véhicules électriques ou hybrides sont déclarés pertes totales par les assureurs après une collision, les pièces de remplacement étant particulièrement dispendieuses ou longues à obtenir. Pouvoir compter sur des ateliers aptes à réparer de façon plus économique ces véhicules de haute technologie pourrait contribuer à changer la situation.
Nos lecteurs peuvent obtenir davantage d’information sur le volet du programme québécois de formation destiné aux carrossiers en suivant ce lien
Les équipements nécessaires et recommandés
Nos partenaires d’I-CAR partagent avec nos lecteurs la liste des équipements qu’un atelier de carrosserie devrait avoir entre ses murs avant d’accueillir des VÉ ou des hybrides.
Outils obligatoires pour un atelier de carrosserie envisageant de travailler sur les VÉ :
- Multimètre de haute qualité de catégorie Cat 3 ou 4 (pour mesurer les basses et hautes tensions avec une grande précision et en toute sécurité).
- Contrôleur d’isolement (pour mesurer de très hautes résistances entre le câblage haute tension (HT) et les composants HT – absence de court-circuit).
- Micro-ohmmètre (pour mesurer très précisément la faible résistance entre le câblage HT et les composants).
- Analyseur de gaz avec rallonge (pour mesurer le CO2 et les COV lors du triage).
- Caméra thermique (pour mesurer et visualiser la température lors du triage). Des points de surchauffe sont des drapeaux rouges et indiquent la nécessité de placer le véhicule en quarantaine, hors de l’atelier et loin d’autres véhicules.
- Ensemble de gants EPI d’au moins trois tailles différentes (Classe 0, 1000 V c.a., 1500 V c.c.).
- Lunettes de protection contre les arcs électriques.
- Outillage isolé HT (clés, tournevis, etc.).
- Perche de sauvetage/crochet de sécurité HT.
- Cônes de sécurité.
- Ruban de sécurité indiquant la présence de HT.
- Boîte de condamnation avec sac de Faraday (pour verrouiller les clés et empêcher tout signal).
- Trois niveaux de panneaux de sécurité HT.
- Étiquette de sécurité sur le commutateur d’allumage (indiquant des travaux HT, ne pas mettre sous tension).
- Ruban isolant électrique HT pour obturer les prises exposées.
Autres recommandations
- Combinaison d’au moins Cal 40 (pour prévenir les brûlures en cas de sectionnement de câble HT).
- Écran/visière de protection contre les arcs électriques HT (pour prévenir les brûlures en cas de sectionnement de câble HT).
- Zone dégagée d’au moins 25 pieds carrés (environ 2,3 m²) à l’arrière du bâtiment, exempte de tout autre objet susceptible de prendre feu lors du triage.
- Couverture anti-feu HT (différentes tailles et différents types).
- Local de carrosserie séparé pour les travaux/réparations HT (en cas de risque d’incendie, celui-ci reste confiné).
- Capuchons de protection de prise HT spéciaux en plastique (une fois la HT déconnectée, il faut éviter la saleté et l’humidité dans la prise).
- Boyau d’arrosage dédié.
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