Prévention des blessures en atelier : un exosquelette appelé à changer le quotidien des techniciens

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L'exosquelette UPLIFT de Mawashi accompagne chaque mouvement du technicien et réduit la charge imposée à son dos. Crédit : Mawashi

Un technicien penché sous un capot, les bras en extension, les épaules sous tension. Une scène banale que l’on peut observer dans n’importe quel atelier. Ce qui l’est moins, toutefois, c’est de voir ce même technicien terminer sa journée sans douleur, avec encore amplement d’énergie pour pratiquer des activités. C’est pourtant ce que promettent les exosquelettes de Mawashi, une entreprise québécoise discrète, mais dont le savoir-faire attire désormais autant les forces spéciales que les concessionnaires et les centres de pneus.

Simon Pesant, directeur expérience client chez Mawashi depuis onze ans, est l’homme qu’on appelle quand il s’agit de déployer ces structures sur le terrain. Il connaît ses exosquelettes de l’intérieur, au sens propre. « Notre spécialité, c’est de développer des systèmes qui vont sur le corps humain, qui gardent la bonne biomécanique, l’ergonomie et l’aisance de mouvement. C’est ça qui nous distingue. »

Fondée en 2003 à Saint-Jean-sur-Richelieu, l’entreprise a d’abord conçu des équipements de protection pour les arts martiaux (plastrons pour la pratique ou le combat), avant d’élargir rapidement sa gamme vers les forces de l’ordre, pour le contrôle de foule et l’entraînement au corps à corps.

Les exosquelettes arrivent en 2014, portés par un appel à projets du gouvernement américain. L’objectif ? Accroître la protection balistique des opérateurs d’unités spéciales sans sacrifier leur mobilité. En cinq ans de travaux intensifs, Mawashi devient la seule soumissionnaire à compléter les trois phases du projet.

La première, l’unique à avoir été déclassifiée, lui confère les droits de propriété intellectuelle sur l’UPRISE, qui en est aujourd’hui à sa cinquième génération. Ce système de pointe présente une structure articulée en titane, entièrement passive, capable de rediriger jusqu’à 70 % d’une charge vers le sol. Résolument ancré dans le domaine tactique et militaire, il ne vise qu’un public très restreint.

L’expertise militaire au service des civils

C’est armé de cette expertise que Mawashi franchit, en 2019, la frontière du civil avec l’UPLIFT. Moins spectaculaire visuellement, cette itération est tout aussi ingénieuse dans sa conception. Muni d’un réseau d’élastiques qui accompagne les mouvements du porteur, l’exosquelette permet de réduire de 20 à 50 % l’effort musculaire requis. « On ne veut pas remplacer l’humain, mais bien l’aider dans l’accomplissement de ses tâches », précise M. Pesant. Sans énergie externe, le système offre une autonomie illimitée.

La gamme se décline en deux versions. L’UPLIFT Modulaire intègre un soutien dorsal, des appuis d’épaules amovibles et un support de genou. L’UPLIFT Lite, né directement de la rétroaction des clients, mise quant à lui, sur la compacité : conçu uniquement pour le dos, il colle au corps avec une empreinte minimale. « Les statistiques démontrent que plus de 54 % des lésions en milieu de travail sont liées au dos. C’est un gros enjeu pour beaucoup d’entreprises », souligne-t-il.

Dans les ateliers automobiles, l’aide posturale offerte par la mouture Lite s’avère particulièrement pertinente. Changements de pneus, mécanique sous le capot, travaux de fabrication : partout où le technicien adopte une position penchée ou enchaîne les gestes répétitifs, l’appareil intervient sans perturber sa façon de se mouvoir. Le porteur peut ainsi valser aisément d’un poste à l’autre sans encombrement. La polyvalence du système le distingue des équipements de levage fixes traditionnels que, faute de temps, bien des travailleurs ignorent volontairement en période de pointe.

Pour sa part, le retour sur investissement se calcule rapidement. Un exosquelette se détaille entre 1 400 et 5 000 dollars, alors qu’une facture attribuable à une blessure musculo-squelettique au dos peut facilement atteindre des dizaines de milliers de dollars pour un employeur. En prime, « les travailleurs accumulent moins de fatigue, leur efficacité reste élevée tout au long de la journée. On n’augmente pas nécessairement la cadence, mais on leur permet de la maintenir constante », soutient M. Pesant. Certains utilisateurs témoignent même rentrer à la maison avec assez d’énergie pour faire du sport, chose impensable auparavant.

Le harnais de cuisse de l’UPLIFT épouse la position accroupie, sans jamais entraver le geste. Crédit : Mawashi

Petit, mais avec une grande portée

À 1,5 kg, aligné sur le centre de gravité, l’UPLIFT Lite passe presque inaperçu. Deux grandeurs de torse avec sept niveaux de réglage chacune, combinées à trois tailles de harnais de cuisse, lui permettent de s’adapter à environ 95 % de la population. Un exploit rendu possible grâce à une équipe pluridisciplinaire composée d’ingénieurs mécaniques, de designers industriels, et de spécialistes en facteurs humains (kinésiologues, ergonomes et biomécaniciens), et dont les travaux s’appuient sur une base de données issues des « 4 000 à 6 000 scans anthropométriques testés sur le terrain ».

Mawashi compte déjà des clients dans le secteur automobile, dont un concessionnaire à Saint-Jean-sur-Richelieu, un centre de pneus sur la Rive-Sud de Montréal et le fabricant d’autobus Prévost. La firme collabore également avec l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) pour établir des données probantes sur l’utilisation des exosquelettes en milieu professionnel. « Je pense que notre produit peut répondre à différents besoins dans le domaine automobile », conclut M. Pesant.

Ce terrain recèle un immense potentiel, croit l’entreprise québécoise qui cherche à y élargir son empreinte. Dans un écosystème où le travail manuel résiste à l’automatisation et où la rareté de main-d’œuvre pèse sur la rétention, cet outil innovant pourrait-il s’imposer comme le Saint-Graal, autant pour la prévention que pour la fidélisation ?

Catégories : Pneus, Technologie des pneus
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