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La flambée des coûts scelle le sort du concessionnaire montréalais Fortier Auto

En octobre, une page d’histoire se tournera pour ce concessionnaire fondé en 1914. (Crédit : Groupe Fortier Auto)
En octobre prochain, la concession Ford Fortier Auto fermera définitivement ses portes. Pour son co-président Michel Salotti, ce moment marquera la fin d’un périple qui s’est étalé sur plus de quatre décennies.
C’est en 1984 que débute la carrière de M. Salotti dans l’établissement situé aux abords de l’autoroute 25. D’abord vendeur de véhicules neufs, il gravit les échelons et se retrouve à la tête de cette institution fondée en 1914. En 1994, il rachète l’entreprise à la famille Fortier avec un associé.
Au moment de la retraite de ce dernier, 22 ans plus tard, il propose à son fils Francis de devenir partenaire minoritaire pour l’aider à gouverner cet imposant navire. Une occasion en or pour le jeune homme de 26 ans, diplômé de l’Université Northwood en Floride, qui connaissait les rouages de la concession après y avoir fait ses armes dans divers départements. Maxime Généreux, « un employé de longue date, ami de la famille et une personne que je considère comme mon fils », viendra compléter le trio en 2019.

Pendant six ans, les trois mousquetaires dirigeront habilement la succursale d’Anjou. Mais dans l’ombre de leur succès s’amorçait un phénomène qui allait changer le cours de leur histoire. À l’instar de Fortier Auto, des concessionnaires ayant établi leur quartier général dans les grandes villes nord-américaines au milieu des années 1970 commençaient à mettre la clé dans la porte. Les vastes emplacements, achetés pour une bouchée de pain à l’époque, suscitaient la convoitise des promoteurs immobiliers, alors que l’étalement urbain prenait de plus en plus d’ampleur.
« Au fil du temps, les terrains se sont incroyablement valorisés », soutient M.Salotti. « Je me rappelle avoir assisté à des réunions, il y a 20 ans à Vancouver, qui expliquaient ce phénomène. Au Canada, Montréal fait partie des derniers centres dans la chaîne » à subir les contrecoups. Malgré cette menace qui plane au-dessus de sa tête, le co-président persévère. En 2010, il procède à un agrandissement des installations. Toutefois, il sait pertinemment que dans une quinzaine d’années il devra « investir massivement » pour s’aligner avec la nouvelle image du constructeur.
Le début de la fin
Dès 2018, les réflexions s’amorcent. Le démarchage pour donner vie au concessionnaire de demain se met en branle. Conscient que le futur terminus de la ligne bleue élira domicile à quelque 400 m de son commerce, M. Salotti est « au fait que les espaces avoisinants se valoriseraient énormément. » Pour connaître toutes les possibilités qui s’offrent à lui, il engage un urbaniste et un promoteur immobilier à forfait. Parallèlement, il entame le processus pour modifier le « zonage du terrain pour nous permettre de vendre une partie pour faire un développement immobilier, et, sur le tiers restant, ériger un concessionnaire avec les nouvelles normes de Ford, mais sur une plus petite superficie. »
Le projet est lancé. Les architectes « avec lesquels on travaillait au début » laissaient présager une facture, somme tout, abordable. Cependant, après l’obtention de tous les permis requis il y a trois ans, M. Salotti reçoit une première soumission d’un entrepreneur. « Quand on a vu le prix, on se disait que ça allait être serré. Qu’on allait devoir performer et faire attention de ne pas s’enfarger pour réussir à payer toutes les dépenses que ça va occasionner, mais on avait bon espoir qu’on pouvait y arriver ! »
Quand le terrain passe aux mains de nouveaux propriétaires en 2024, M. Salotti, armé de son bail avec option d’achat sur la section destinée à accueillir le concessionnaire, fait à nouveau estimer les coûts de construction. En deux ans et demi, la facture avait grimpé de 60 %. Déjà, à l’époque, « c’était serré et un peu casse-cou. Mais là, avec une hausse de 60 %, le modèle économique n’était plus viable pour nous. »
À l’aube de l’âge de la retraite, M. Salotti n’avait pas envie d’investir des sommes colossales et décide de mettre son commerce en vente. Les acheteurs potentiels se succèdent, mais aucun ne répond aux exigences de la marque. Ford proposera aussi des candidats qui se désisteront, parvenant à la même conclusion que l’homme d’affaires. « Ils ont aligné les colonnes de chiffres et ont dit “regarde, c’est un projet qui ne fait pas de sens, ça ne tient pas la route” ».
Se rendre à l’évidence
À court d’options, et avec un bail qui arrivait à échéance, M. Salotti n’avait plus d’autre choix que de fermer. « Ce n’est pas comme si on n’a pas essayé. On a fait faire des maquettes, on a mis de nombreuses personnes à contribution, on a dépensé beaucoup, on a fait des rencontres, on a engagé des experts pour la vente, on a soumis des candidats au manufacturier. Finalement, ça n’a pas fonctionné. »
Malgré la tournure des événements, M. Salotti garde le moral. « Je ne dis pas que ça ne nous fait pas de la peine, mais notre peine, on l’a cuvée pendant ces années-là, dans le sens qu’on a tout essayé pour assurer la survie de la concession. Depuis 7 ans, on a été confronté à des petits échecs toutes les semaines, tous les mois. Quand on est arrivé à la fin, c’était devenu inévitable. Notre deuil, on l’a vécu en cours de chemin. »

Ceux pour qui c’est le plus difficile, confie M. Salotti, ce sont ses 120 salariés. « Le choc a été brutal, mais ils se sont rapidement retroussé les manches. » Depuis l’annonce de la fermeture, l’entrepreneur organise des rencontres entre employeurs potentiels et employés, met en place des comités pour les aider dans leur recherche d’emploi. Ses démarches portent leurs fruits. En un peu plus d’une semaine, le trois-quarts d’entre eux a trouvé un autre gagne-pain. Certains ont déjà quitté le navire, tandis que d’autres demeureront en poste encore quelque temps.
M. Salotti admet que « c’est un nouveau défi pour tout le monde ». Nonobstant les circonstances, les troupes gardent le sourire et la bonne humeur continue de régner. La fermeture du concessionnaire Fortier Auto signe la fin de cet établissement plus que centenaire, mais annonce le début d’une nouvelle ère pour tous les membres d’équipage qui ont pris part à l’aventure.





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