Abonnez-vous à notre magazine Autosphere et à notre infolettre hebdomadaire pour recevoir les dernières nouvelles de l’industrie.
Actualités automobiles, avis d’experts et conseils pratiques
Changement de pneus : quand la pression devient moteur d’équipe
Autosphere » Pneus »

Une équipe dynamique heureuse de se retrouver lors des périodes de changement de pneus. Crédit : Isabelle Havasy
Le jour s’annonce à peine lorsque j’embarque sur l’autoroute 40 en ce mardi grisâtre d’avril. Les véhicules sont nombreux à migrer vers le centre-ville alors que je file en sens inverse vers la succursale Pneus Ratté, située à Anjou, dans l’est de la métropole. Lancée à la volée, l’invitation d’Annie Germain, directrice marketing, service à la clientèle et e-commerce de Pneus Ratté, de passer quelques heures sur le terrain durant la haute saison, est sur le point de se concrétiser.
Pourtant, dès 7 h 15, l’endroit est déjà en pleine effervescence. Avant même que les véhicules de particuliers prennent d’assaut les baies, ceux des flottes sont les premiers à être hissés sur les ponts élévateurs. Aujourd’hui, pas moins de cinq camions d’une même flotte ont l’honneur d’ouvrir le bal. Une demi-heure leur est réservée avant l’ouverture officielle des portes. Dans ce contexte privilégié, les retardataires sont tenus de s’abstenir, car chaque minute perdue risque d’avoir des répercussions sur le restant de la journée.
Pour faire face à l’achalandage qui se profile, la majorité des portes est consacrée aux changements de pneus, alors qu’en temps normal, deux suffisent. En période de pointe, environ 80 % des opérations ont trait à cette intervention, tandis que le reste de l’année, cette proportion s’inverse en faveur de la mécanique.
Le son des équipements s’impose rapidement. L’ambiance, encore calme quelques instants plus tôt, bascule sans crier gare dans un brouhaha constant quand les véhicules commencent à se relayer toutes les 45 minutes. Je m’attendais à voir des employés débordés, essoufflés par la cadence. Mais le constat est tout autre. Dans l’atelier, tout s’enchaîne avec une précision remarquable. J’observe, admirative, cette chorégraphie bien rodée où chacun connaît son rôle.

Le get-together biannuel
L’efficacité opérationnelle repose en grande partie sur l’organisation, mais aussi sur le taux élevé (70 %) de retour des surnuméraires chaque saison. En plus de réduire la durée de la formation, cette particularité bonifie le niveau de coordination et favorise l’esprit d’équipe. « Le rush des pneus, c’est comme un gros get-together », explique l’instigatrice de cette visite inusitée.
En temps normal, treize employés assurent les opérations, tous départements confondus. En période de pointe, apprentis, saisonniers et hommes de service viennent prêter main forte à l’arrière-scène. Cinq renforts se greffent à cette brigade, dont les membres travailleront en pair pour garantir que toutes les interventions sont conformes, sécuritaires et que rien n’a été laissé au hasard durant cette période exigeante pour les troupes.

Pour les six à huit semaines de cette affluence, les journées s’étirent jusqu’à 18 h du mardi au jeudi et les matinées du samedi s’ajoutent à l’horaire de travail habituel. Si l’automne impose une date butoir, le printemps, lui, offre un peu plus de latitude, avec, pour unique réelle obligation, le retrait de gommes cloutées avant le 1er mai.
À l’avant, l’activité est constante et soutenue. Derrière le comptoir, trois employés jonglent avec les clients qui franchissent le pas de la porte, les appels téléphoniques, l’arrivage des pièces et le système du fournisseur, qui en vient parfois à surchauffer sous la pression de la demande. Ici, le nombre de membres d’équipage demeure stable à l’année. Ce sont les indicateurs de performance, suivis de près par la direction, qui serviront de guide quant à la bonification de l’effectif et à l’intégration de nouveaux outils, afin d’assurer un service à la clientèle optimal. La mise en place d’un système de paiement par courriel ou texto s’arrime à cette stratégie. Cette innovation, qui permet aux propriétaires de régler leur facture à l’avance, simplifie la prise de possession et contribue à réduire les risques de fraude.

À 10 h, l’arrivée de la cantine marque le début de la pause matinale. Un répit physique et sonore, bref cette fois, mais qui s’étirera davantage pendant la période de lunch, un temps d’arrêt obligatoire où tout un chacun en profitera pour refaire le plein. « On a essayé de maintenir les opérations avec seulement quelques employés dans l’atelier durant l’heure du dîner, mais c’est comme si on enlevait des maillons à la chaîne », indique Francis Garneau, directeur principal des ventes et opérations du réseau Pneus Ratté, soulignant que l’absence d’un membre affecte inévitablement la productivité globale.
Un équilibre fragile
La logistique de cette valse sans faux pas dépend aussi de la gestion des pneumatiques en amont. Ceux que les clients confient à Pneus Ratté côtoient le stock de modèles neufs sur les multiples étagères de leur vaste entrepôt situé à quelques minutes de route de ma zone d’observation. Les unités sont soigneusement codifiées et classées. Elles sont acheminées vers le garage 24 heures avant le rendez-vous de leur propriétaire.

« La réussite de la saison repose sur un équilibre fragile », note Mme Germain, qui précise qu’elle est aussi soumise aux caprices de Dame Nature. Dans ce contexte, l’éducation de la clientèle est de rigueur afin de limiter l’impact des conditions météorologiques sur la planification. Si la neige au sol laissée par une tempête tardive disparait rapidement, ses effets sur le calendrier eux demeurent si les rendez-vous sont déplacés massivement. Elle rappelle que vouloir « chausser le même volume de clients en moins de temps » met, sur les équipes, une pression supplémentaire qui peut parfois mener à des « erreurs qui coûtent cher ».
En fin de compte, ce qui ressort de cet avant-midi n’est pas la frénésie, mais bien la maîtrise avec laquelle cette réalité propre au Québec est gérée. Vu de l’extérieur, on serait porté à croire que ce marathon, qui se fait à la vitesse d’un sprint, viendrait à bout des meilleures intentions. Mais force est de constater que loin d’épuiser les troupes, il semble plutôt les énergiser.





SAINT-BASILE-LE-GRAND
Temps plein


