Un tour d’horizon des options automobiles au fil des ans

Le rétroviseur à affichage numérique a fait son apparition dans le catalogue des options. Crédit : Daniel Rufiange
En 1976, cocher la case « air climatisé » sur un bon de commande, c’était un geste presque solennel. Ce genre d’option pouvait représenter entre 10 % et 20 % du prix d’achat d’un modèle. Aujourd’hui, on s’offusquerait si cette commodité était absente. Entre les deux, un demi-siècle de transformation de la façon dont les constructeurs vendent leurs véhicules, et surtout de ce que les acheteurs jugent essentiel.
Au fil de nos vies, nos besoins changent. Un nouvel emploi peut nous contraindre à trouver un nouveau domicile. L’arrivée d’un enfant peut nous pousser à choisir un nouveau véhicule. Nos goûts, voire nos caprices, évoluent, eux aussi.
Dans le salon, les gens ne tolèrent plus la télé de 20 pouces : ça prend un écran plat de 50, 65, voire 75 pouces ou plus. La même logique semble s’appliquer aux véhicules. Faire l’acquisition d’un véhicule neuf sans sièges chauffants ni vitres électriques représenterait un recul incroyable pour certains. Pire, mettre la main sur un modèle sans système multimédia ni fonctions Apple CarPlay ou Android Auto donnerait à certains l’impression d’avoir été catapultés au Moyen Âge.
Et pourtant.
Il y a 50 ans, nos vies étaient bien plus rudimentaires. Et personne ne s’en plaignait pour autant. Mais les choses ont changé et l’on s’habitue aux commodités qui s’invitent dans nos vies. C’est comme ça.
Cette réflexion nous a donné envie de creuser un peu ce dossier du point de vue de l’automobile, en nous intéressant aux 50 dernières années. Autrement dit, de quoi les consommateurs avaient-ils besoin à l’époque, et qu’est-ce qu’on leur offrait ? Au fil du temps, comment l’offre a-t-elle évolué au point de créer de nouveaux besoins chez la clientèle ?
Amusons-nous avec un petit retour dans le temps sur un ton plus léger, mais combien révélateur !
Les années 1970 : extra, extra, extra
Dans les années 1960 et 1970, la voiture neuve arrivait souvent dépouillée en version de base. Le confort s’achetait à la pièce. La climatisation en est l’exemple parfait. Sur une AMC Pacer de 1976, l’option coûtait environ 500 $, soit près de 10 % du prix de la voiture.
Même chose pour les vitres électriques, les serrures électriques, le régulateur de vitesse ou le volant inclinable : autant d’ajouts individuels sur la facture. Il fallait faire des choix et seuls les plus fortunés pouvaient cocher toutes les cases qu’ils souhaitaient. Certaines options étaient réservées à ceux qui avaient les moyens ou tenaient vraiment à se gâter.
La climatisation demeurait un luxe qu’on ne retrouvait de série que sur les véhicules de grand luxe. À l’époque, on pouvait très bien acheter une voiture neuve sans elle et… vivre avec.
Les types de modèles : les grosses voitures américaines dominent encore le marché, mais les compactes commencent à gagner du terrain. Les crises pétrolières de 1973 et de 1979 vont accélérer le mouvement vers des voitures plus petites et plus économiques. La Honda Civic, la Toyota Corolla et la Volkswagen Rabbit deviendront notamment des symboles de cette transformation.
Les années 1980 : la démocratisation du confort
La décennie 1980 voit la climatisation, les vitres électriques et les serrures électriques migrer tranquillement des listes d’options vers les caractéristiques de série, du moins sur les modèles plus chers ou les versions plus cossues. Le coût de ces équipements diminue et leur disponibilité augmente rapidement.
Les acheteurs commencent aussi à s’intéresser davantage à la sécurité. Les premiers coussins gonflables apparaissent sur certains véhicules dès les années 1970, mais c’est surtout à la fin des années 1980 et au début des années 1990 qu’ils commencent à se généraliser.
Les gens dépensent pour installer des chaînes audio munies de lecteurs de cassettes, puis de lecteurs de disques compacts. C’est le genre de luxe qu’il faut encore se payer.
Les types de modèles : les berlines dominent le paysage, mais on retrouve plusieurs coupés sportifs et une grande variété de voitures compactes et intermédiaires, plus souvent en configuration à traction plutôt qu’à propulsion. Puis, en 1984, la fourgonnette arrive du côté de Chrysler et va révolutionner le marché des voitures familiales.
Les années 1990 : l’essor des VUS
C’est la décennie où la sécurité cesse d’être un supplément marginal pour devenir un critère d’achat central. À partir du début des années 1990, les coussins gonflables frontaux deviennent progressivement obligatoires aux États-Unis et se généralisent rapidement sur le marché. Les constructeurs comprennent que la sécurité, autrefois une case qui attirait les prudents, devient un argument de marketing à part entière.
Le lecteur de disques compacts, comme on le mentionnait, reste encore une option luxueuse pendant une bonne partie de la décennie, mais il va progressivement s’inviter dans tous les véhicules.
Les types de modèles : les voitures demeurent largement majoritaires, mais les VUS commencent à sortir de leur image de véhicules tout-terrain. Le Ford Explorer, lancé en 1990, contribue notamment à leur transformation en véhicules familiaux. Les fourgonnettes demeurent très populaires auprès des familles, tandis que les voitures sportives connaissent encore de belles années.
Les années 2000 : la connectivité fait son entrée
Dans les années 2000, la technologie embarquée s’impose comme un nouveau champ de bataille entre les marques. La navigation par satellite se répand, d’abord comme option luxueuse chez les marques de prestige, mais elle deviendra rapidement plus accessible. Elle permet aux gens de simplifier leurs déplacements et de les rendre plus sécuritaires.
Avec la multiplication des cellulaires, les gens utilisent leur téléphone au volant, ce qui pousse les constructeurs à développer la technologie Bluetooth mains libres, devenue l’une des fonctionnalités les plus recherchées. Ça et les prises pour les lecteurs MP3, avant que la clé USB ne s’impose.
La radio satellite, les écrans de divertissement pour les passagers arrière et les premiers systèmes de démarrage à distance deviennent de plus en plus populaires. On commence à acheter un véhicule non seulement pour ce qu’il fait sur la route, mais aussi pour ce qu’il nous permet de faire, comme si nous étions à la maison.
Les types de modèles : la voiture demeure dominante, mais le VUS entame son irrésistible ascension. Les utilitaires compacts deviennent les véhicules les plus populaires sur le marché. Les fourgonnettes restent toutefois très prisées des familles.
Les années 2010 : place aux aides à la conduite
La décennie appartient aux technologies d’aide à la conduite. Une étude de J.D. Power publiée en 2015 confirmait d’ailleurs cette tendance : les acheteurs plaçaient les technologies de prévention des collisions, notamment la surveillance des angles morts, parmi leurs fonctions technologiques les plus désirées.
Au milieu des années 2010, les applications Apple CarPlay et Android Auto débarquent et redéfinissent les attentes à l’égard de l’écran central, qui devient presque aussi important que le moteur dans la décision d’achat. Les lecteurs de disques compacts vont tranquillement disparaître, alors que les consommateurs branchent leur téléphone à la voiture pour écouter la musique qui s’y trouve d’abord, puis sur leurs applications par la suite, comme Spotify ou Apple Music.
Les sièges chauffants, longtemps réservés aux versions haut de gamme, deviennent un incontournable, même sur les modèles les moins dispendieux. Idem pour le régulateur de vitesse adaptatif et l’avertisseur de sortie de voie, qui entament leur migration vers l’équipement de série.
Les types de modèles : de plus en plus, la voiture est abandonnée au profit du VUS et surtout du multisegment. Les consommateurs recherchent une position de conduite plus élevée, davantage d’espace et une impression de polyvalence, sans nécessairement vouloir les dimensions ou la consommation d’un gros VUS. On vend des capacités, de l’espace, le rêve d’une vie active avec les enfants ou les loisirs sportifs du week-end.
Aujourd’hui : l’arrivée des abonnements et l’électrification
En 2026, la logique de vente a complètement changé. Les forfaits d’équipement, qui se sont progressivement imposés au fil du temps, sont désormais la norme. Les technologies de sécurité et le multimédia sont largement intégrés. Tous les véhicules proposent de l’équipement que l’on considérait comme luxueux il y a 40 ou 50 ans.
Le vrai virage récent, c’est la tentative de certains constructeurs de transformer le matériel déjà installé en source de revenus récurrents. BMW en a fait les frais en 2022 en lançant un abonnement mensuel pour activer les sièges chauffants, alors que l’équipement était déjà présent dans la voiture. La réaction des consommateurs a été si négative que la marque a abandonné la formule dès 2023, tout en maintenant son intérêt pour les abonnements liés à des logiciels et à des services connectés, comme certaines fonctions d’assistance au stationnement ou à la conduite.
Les consommateurs semblent toutefois beaucoup plus réceptifs aux abonnements donnant accès à une fonction évolutive ou à un service connecté qu’à ceux verrouillant une fonction matérielle déjà installée dans le véhicule.
À cela s’ajoute un autre changement majeur : le choix du groupe motopropulseur. Après avoir longtemps hésité entre un véhicule à moteur à quatre, six ou huit cylindres, l’acheteur doit maintenant choisir entre une motorisation à essence, hybride, hybride rechargeable ou électrique. Le moteur n’est plus seulement une question de puissance ; il devient aussi une question de consommation, d’autonomie et de mode de vie.
Les types de modèles : le VUS domine le marché, tandis que les multisegments compacts et intermédiaires occupent une place centrale. Les voitures sont devenues minoritaires et la fourgonnette est désormais un choix nettement plus spécialisé pour les familles qui privilégient la polyvalence. Parallèlement, l’électrification redéfinit progressivement le choix du groupe motopropulseur.
Conclusion
Ce qui frappe, en survolant ces cinquante ans, c’est le renversement complet de la logique commerciale. En 1976, on payait pour obtenir davantage de confort. Aujourd’hui, le confort est presque acquis d’avance, et c’est plutôt l’accès à certaines fonctions, aux logiciels et à la connectivité qui devient la nouvelle monnaie d’échange entre le constructeur et l’acheteur.
Et pendant que nos besoins changeaient, nos véhicules ont eux aussi évolué. La grosse voiture a cédé du terrain aux compactes. Les berlines et les familiales ont été remplacées par les fourgonnettes, les VUS et d’autres véhicules du genre. Aujourd’hui, l’électrification ajoute une nouvelle couche à cette transformation.
Reste à voir quelles seront les prochaines tendances, mais à la lumière de ce qui s’est passé depuis 50 ans, ce qui semble certain, c’est que l’offre sera sensiblement différente en 2076 qu’en 2026.
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