Une plus grande résilience sur le marché canadien des véhicules

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Une meilleure offre et des prix plus doux ont témoigné d'une résilience supérieure aux attentes des ventes d'automobiles au Canada, mais il reste à voir ce que l'avenir nous réserve. Credit: Stellantis

Les prix se sont modérés, mais une grande incertitude plane, affirme Baris Akyurek d’AutoTrader

AutoTrader a récemment dévoilé les conclusions de son dernier rapport sur l’indice des prix. À mi-chemin de l’année 2026, le rapport conclut plusieurs choses. Premièrement, que le marché automobile canadien a fait preuve d’une plus grande résilience que prévu, avec un ralentissement des ventes moins marqué qu’anticipé à l’origine. De plus, une demande relativement stable a également permis aux prix de se normaliser et de se modérer, bien qu’une grande incertitude demeure. Pour approfondir ces perspectives et examiner ce qui pourrait influencer les prix au cours du deuxième semestre de l’année, Autosphere s’est entretenu avec Baris Akyurek, vice-président, Données probantes et intelligence d’affaires chez AutoTrader.ca. Voici ce qu’il avait à déclarer :

Autosphere : Selon les conclusions du dernier rapport, qu’est-ce qui a contribué, selon vous, au fait que le marché canadien des véhicules affiche un rendement plus fort que prévu?

Baris Akyurek : Je pense que la première chose que nous pouvons faire est de parler de quelques chiffres. D’une année sur l’autre, la demande de véhicules neufs est en baisse. Selon les données de Dealertrack, si l’on regarde nos propres transactions, elle a diminué d’un point de pourcentage complet, elle est donc plus faible par rapport à l’an dernier. Nous nous attendions à ce qu’elle baisse, mais nous prévoyions un recul plus important que ce que nous avons réellement observé. Au cours du premier semestre de 2026, la demande a été forte en raison de l’accélération des achats, en prévision de l’entrée en vigueur de tarifs douaniers. Il était prévu que les prix augmentent, ce qui a stimulé le marché et mené à une performance globale meilleure qu’escomptée. Néanmoins, cela demeure plus faible sur une base annuelle. Lorsque vous analysez les données, vous constatez également que chez les consommateurs, certains segments de revenus s’en sortent mieux que d’autres, notamment les clients à faible risque (prime) par rapport aux clients à risque plus élevé (subprime). En ce qui concerne les ventes de véhicules, les acheteurs prime se portent bien et leurs transactions, d’une année sur l’autre, sont en hausse par rapport aux niveaux de 2025.

Baris Akyurek, vice-président, Données probantes et intelligence d’affaires, AutoTrader. Credit: AutoTrader

AS : Si l’on regarde les prix, tant du côté des véhicules neufs que d’occasion, quelles tendances observez-vous et quel est l’impact sur le sentiment actuel des consommateurs?

BA : Les prix sont un élément que l’industrie et les concessionnaires suivent avec une attention chirurgicale, tant pour les véhicules neufs que d’occasion. Concernant le prix des voitures neuves, la moyenne s’est établie à 63 016 $, soit un recul de 2,2 % d’une année sur l’autre. Du côté de l’occasion, elle s’élevait à 36 690 $, ce qui représente une baisse de 2,6 %. Plusieurs facteurs expliquent cela. L’un d’eux est le ralentissement général de la demande dont nous avons parlé précédemment, mais un autre facteur concerne l’offre. L’approvisionnement semble très bien se porter, tant pour la production de véhicules neufs que d’occasion. Lorsque nous examinons les volumes de production de véhicules neufs provenant de sources indépendantes, bien qu’il y ait des changements quant aux lieux de fabrication, la production globale de véhicules en Amérique du Nord devrait augmenter de 0,8 % sur une base annuelle. Il ne semble donc pas y avoir d’impact majeur sur le nombre de voitures produites. Du côté des véhicules d’occasion, même si le volume reste inférieur aux niveaux antérieurs à la COVID, il est également en hausse d’une année sur l’autre, ce qui se reflète dans les prix actuels sous l’effet d’une demande légèrement plus faible et d’une offre légèrement supérieure.

AS : L’incertitude entourant le commerce avec les États-Unis et le Mexique continue d’orienter le comportement et les décisions des consommateurs. En ce qui concerne les véhicules, qu’est-ce qui vous paraît d’une importance capitale pour les concessionnaires du marché canadien en ce moment?

BA : C’est une bonne question, mais à l’heure actuelle, il est difficile de savoir où vont les choses en raison de la volatilité qui entoure les décisions et les actions prises par les États-Unis. Au cours des deux dernières années, la situation était généralement plus facile à prédire : on pouvait observer l’économie, analyser la demande et l’offre, puis se faire une idée. Mais aujourd’hui, avec des rumeurs d’imposition d’un certain pourcentage de tarifs douaniers ici et d’un autre pourcentage là-bas, il devient très difficile de faire des prévisions à long terme. Ce que je dirais, c’est que pour en revenir aux consommateurs, il est essentiel pour notre industrie d’essayer de comprendre le sentiment des acheteurs et la façon dont il influence leurs décisions d’achat. C’est un aspect que nous avons analysé pendant la COVID, puis de nouveau l’an dernier. Nous avons mené un sondage sur le site Web d’AutoTrader.ca pour demander aux consommateurs comment ils percevaient certains enjeux, notamment l’issue des litiges et négociations commerciaux et l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) sur le libre-échange. Quatre-vingt-sept pour cent des clients sondés ont déclaré que l’accessibilité financière était leur priorité absolue, et c’est compréhensible. Les consommateurs veulent s’assurer d’obtenir la meilleure valeur pour leur argent et de trouver un véhicule qui respecte leur budget tout en conservant une forte valeur de revente, le tout dans un contexte de taux d’intérêt élevés et de hausse des coûts de financement. En ce qui concerne l’ACEUM et les négociations commerciales, 70 % des personnes interrogées se sont dites au courant de la situation et 44 % ont affirmé être pessimistes quant à l’issue des discussions commerciales entre le Canada et les États-Unis. Lorsqu’on leur a demandé dans quelle mesure l’ACEUM, le commerce et les tarifs douaniers influenceraient leurs projets, 41 % ont répondu que cela aurait un impact sur leur décision lors de l’achat de leur prochain véhicule. Et en observant le marché, nous ne voyons pas de consommateurs pressés d’acheter, contrairement au sentiment de l’an dernier où les acheteurs agissaient plus rapidement pour trouver leur prochaine voiture.

Pour revenir un instant sur l’ACEUM et les tarifs douaniers, lorsqu’il y a un changement fondamental sur le marché, les prix ont tendance à réagir en conséquence. Nous avons vu ce qui s’est passé pendant la COVID, ainsi que l’impact des tarifs l’an dernier. On estime que le prix moyen d’un véhicule d’occasion a augmenté de 830 $ en raison des tarifs. Notre sondage a révélé que 69 % des personnes interrogées s’attendent à ce que le prix des voitures neuves augmente, tandis que 57 % prévoient que le prix des véhicules d’occasion sera touché si les négociations commerciales restent au point mort. Même si nous n’avons pas encore constaté d’impact majeur, une certaine inquiétude règne indéniablement sur le marché chez les consommateurs.

AS : Selon les données actuellement disponibles, comment voyez-vous l’évolution de la demande de véhicules, tant neufs que d’occasion, au Canada au cours de la deuxième moitié de l’année?

BA : C’est une question difficile à prédire et, à bien des égards, cela comporte des nuances. Nous avons déjà constaté une escalade des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis, et il semble maintenant que la situation pourrait demeurer très imprévisible, du moins dans un avenir prévisible. Les consommateurs ont déjà montré à quel point leurs habitudes d’achat évoluent en fonction des décisions relatives au commerce et aux tarifs. Nous pourrions voir des consommateurs choisir de reporter leur décision d’achat pour des biens de valeur importante comme des véhicules, tandis que d’autres, qui envisageaient une voiture neuve, pourraient opter pour un modèle d’occasion en raison de l’incertitude. Certains consommateurs pourraient accélérer leurs achats afin de profiter des conditions actuelles du marché avant l’entrée en vigueur d’une nouvelle vague de tarifs. Si et lorsque d’autres tarifs seront appliqués, ils auront une incidence sur les prix, les faisant grimper et poussant davantage de consommateurs à acheter maintenant avant que les choses ne deviennent plus coûteuses. Bien qu’il soit actuellement très difficile de prédire exactement ce qui se passera au cours du deuxième semestre de l’année, nous avons observé certaines tendances, en particulier du côté des véhicules neufs, et celles-ci ne sont pas entièrement liées aux tarifs et au commerce. Depuis que le gouvernement du Canada a annoncé de nouvelles mesures d’incitation pour les véhicules électriques, nous constatons un regain d’intérêt pour les VÉ, auquel contribue également la hausse du prix des carburants. Cela touche également les VÉB d’occasion, où nous avons vu la réserve en jours baisser à des niveaux très bas. Si j’étais un concessionnaire, c’est un élément que je surveillerais de près, tout comme l’intérêt accru pour les marques populaires par rapport aux marques de luxe. Et pour en revenir à l’accessibilité financière, ce n’est pas seulement le prix du véhicule qui stimule la demande, mais aussi l’entretien et [surtout] le prix du carburant. Avec la hausse et la volatilité du prix de l’essence, les consommateurs recherchent des véhicules plus abordables et plus écoénergétiques.

Catégories : Concessionnaires, Éditorial
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