Réduire les travailleurs étrangers : à quel prix pour l’industrie automobile?

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Pour plusieurs employeurs du secteur de la carrosserie et de la réparation automobile, la situation devient de plus en plus difficile à comprendre. Photo: Karim Mouldi, Président de l’agence CANARI

L’avenir des travailleurs étrangers temporaires (TET) dans l’industrie automobile québécoise soulève aujourd’hui de sérieuses préoccupations. Alors que les gouvernements fédéral et provincial resserrent les règles entourant les programmes de travailleurs étrangers et annoncent leur intention de réduire leur nombre, le Québec ajoute une couche et continue d’imposer des exigences qui compliquent non seulement le recrutement, mais également la rétention de cette main-d’œuvre essentielle.

Pour plusieurs employeurs du secteur de la carrosserie et de la réparation automobile, la situation devient de plus en plus difficile à comprendre. D’un côté, les entreprises font face à une pénurie chronique de travailleurs qualifiés. De l’autre, les gouvernements multiplient les obstacles administratifs et réglementaires pour accéder à une main-d’œuvre qui contribue pourtant au bon fonctionnement de l’industrie depuis plusieurs années.

L’un des exemples les plus frappants concerne les exigences de formation. Alors que plusieurs métiers de l’automobile peuvent être exercés ailleurs au Canada sans diplôme spécifique, le Québec exige désormais, pour plusieurs professions visées par le recrutement international, un diplôme d’études professionnelles (DEP) ou une formation équivalente (pour être traité rapidement). Pourtant, les employeurs continuent de démontrer qu’ils sont incapables de pourvoir ces postes localement.

La question mérite d’être posée : à qui profitent réellement ces restrictions ? Certainement pas aux ateliers de carrosserie. Certainement pas aux assureurs. Et certainement pas aux consommateurs qui devront attendre plus longtemps pour récupérer leur véhicule après un accident.

Aujourd’hui, plus de 30 % de la main-d’œuvre de l’industrie automobile québécoise est composée de travailleurs étrangers temporaires. Ces travailleurs ne remplacent pas des travailleurs locaux. Ils occupent des postes qui demeurent vacants malgré les efforts constants de recrutement des employeurs. Réduire leur nombre ou rendre leur embauche plus complexe ne fera pas apparaître soudainement des milliers de candidats locaux qualifiés.

Au contraire, ces mesures risquent d’aggraver une situation déjà fragile. Elles compliquent le recrutement de nouveaux travailleurs, mais également la rétention de ceux qui sont déjà ici. Chaque départ devient plus difficile à remplacer, chaque permis refusé représente une perte de productivité, et chaque obstacle supplémentaire augmente la pression sur les entreprises qui tentent de répondre à la demande.

Un impact sur les coûts

Si j’étais dans les souliers des compagnies d’assurance, j’aurais également certaines inquiétudes. Une diminution de l’accès à la main-d’œuvre étrangère entraînera inévitablement une pression à la hausse sur les salaires. Cette réalité se traduira par des taux horaires plus élevés dans les ateliers de carrosserie, des coûts de réparation plus importants et, ultimement, une augmentation des coûts assumés par les assureurs. Les conséquences économiques de ces politiques ne se limiteront donc pas qu’aux employeurs.

Pendant ce temps, d’autres secteurs confrontés à des pénuries de main-d’œuvre ont réussi à faire entendre leur voix. Le secteur de la construction bénéficie de mesures particulières et d’assouplissements obtenus grâce à une représentation forte et concertée auprès des gouvernements. Dans l’industrie automobile, nous semblons malheureusement accepter le statu quo.

Pourtant, l’histoire démontre qu’une mobilisation efficace peut produire des résultats. Grâce aux représentations de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec (CCAQ) et au leadership de Robert Poëti, les métiers de carrossier et de peintre automobile avaient été ajoutés à la liste de traitement simplifié. Cette avancée avait permis à de nombreuses entreprises de répondre à leurs besoins de main-d’œuvre et de poursuivre leur croissance.

Aujourd’hui, notre industrie a besoin de retrouver cette même capacité de mobilisation. Les décideurs doivent comprendre que le recrutement et la rétention des travailleurs étrangers temporaires ne constituent pas un privilège accordé aux employeurs, mais une nécessité économique. Sans cette main-d’œuvre, les délais de réparation continueront de s’allonger, les coûts augmenteront et la compétitivité de l’ensemble du secteur sera mise à rude épreuve.

L’industrie automobile représente un pilier important de l’économie québécoise. Les ateliers, les fournisseurs, les concessionnaires, les assureurs et les consommateurs ont tous intérêt à ce que les besoins réels du secteur soient entendus. Il est temps que notre industrie parle d’une seule voix et fasse comprendre aux élus qu’une pénurie de main-d’œuvre ne se règle pas en limitant l’accès à ceux qui contribuent déjà à la solution.

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