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Les pour et les contre de la calibration ADAS en atelier

La complexité des systèmes ADAS demande des équipements, de l’espace et la formation des techniciens. (Crédit : Hunter Engineering)
S’assurer du bon fonctionnement de toutes les composantes du système avancé d’aide à la conduite (ADAS) avant de remettre un véhicule sur la route après sa réparation est un enjeu crucial pour les ateliers de carrosserie.
La vérification des capteurs, caméras, radars et lidars sur les véhicules avant leur remise aux clients est une préoccupation présente dans les ateliers depuis des années. Le développement et la commercialisation d’équipements dédiés à ces opérations, ainsi que la prise de conscience des partenaires assureurs quant à l’importance de ces travaux, pourraient laisser croire que la mise à niveau des systèmes ADAS est désormais courante dans nos ateliers de carrosserie. Cependant, après avoir discuté avec des experts du secteur, il est évident qu’il reste encore beaucoup à accomplir.
Ali Raza Rizvi, responsable régional de la performance pour l’Ontario Centre chez Simplicity Soins d’auto, a répondu avec précision et générosité à nos questions sur les calibrations ADAS.
« La réalité est inconfortable et indéniable : de nombreux véhicules retournent encore sur la route sans calibration ADAS adéquate après leur réparation en atelier. Cela expose tout le monde à des risques, notamment les conducteurs et leurs familles, les réparateurs, les propriétaires d’ateliers, les assureurs, ainsi que la crédibilité de l’industrie dans son ensemble », explique M. Raza Rizvi.

Des systèmes de sécurité incontournables
Comme il le souligne, les véhicules modernes s’appuient sur les systèmes ADAS — freinage d’urgence automatique, maintien de voie, régulateur de vitesse adaptatif — non pas comme des options, mais comme des systèmes de sécurité essentiels. Même des réparations apparemment mineures, comme le remplacement d’un pare-brise, de composants de pare-chocs, l’alignement des roues, la réparation de la suspension ou la modification de la hauteur de la caisse, peuvent nécessiter une calibration ADAS selon les procédures du constructeur (OEM).
Le responsable de la performance pour Simplicity Soins d’auto ajoute que la bonne pratique est claire : « Si un système peut être affecté, il doit être vérifié. S’il doit être vérifié, il doit être documenté. La calibration ADAS ne consiste plus simplement à effacer des codes d’erreur, mais à rétablir le niveau de sécurité du véhicule tel qu’il était avant l’accident. »
Il est avantageux pour l’atelier de réaliser ces travaux à l’interne, car cela facilite le contrôle de leur qualité et permet de conserver les revenus au sein de l’entreprise. Selon cet expert, sous-traiter les calibrations coûte généralement entre 300 $ et 800 $ par intervention. Cet argent quitte l’atelier chaque fois que les travaux sont confiés à un tiers.
Outre cet aspect financier, M. Raza Rizvi souligne que la calibration réalisée à l’interne permet de contrôler les conditions d’installation, d’éliminer les délais liés à un tiers et de constituer une documentation complète, essentielle pour la préparation des dossiers destinés aux assureurs.
Et le retour sur l’investissement ?
Nous avons relayé à M. Raza Rizvi une question souvent soulevée par les ateliers, à savoir comment ils prévoient rentabiliser ces équipements. Une crainte fréquente est la suivante : « Nous n’aurons jamais assez de calibrations pour justifier l’investissement », reconnaît notre expert.
Il détaille l’investissement :
- Système de calibration ADAS : 25 000 $ à 45 000 $
• Outils de diagnostic et abonnements : 3 000 $ à 6 000 $/par an
• Formation et mise en place : 2 000 $ à 5 000 $
Il estime ensuite, à la lumière des chiffres compilés au sein du réseau Simplicity, que 70 à 90 % des véhicules récents nécessitent un pré-scan, 50 à 70 % nécessitent un post-scan et finalement, 25 à 40 % nécessitent au moins une calibration. M. Raza Rizvi applique ensuite la tarification issue des moyennes des ateliers canadiens.
• Pré-scan : 75 $ à 150 $
• Post-scan : 75 $ à 150 $
• Calibration statique : 300 $ à 600 $
• Calibration dynamique : 150 $ à 300 $
Il présente un scénario de retour sur l’investissement conservateur, basé sur huit à dix calibrations mensuelles pour une facturation moyenne de 400 $ par calibration, ce qui représente des revenus annuels oscillant entre 38 000 $ et 48 000 $.
« La plupart des ateliers récupèrent leur investissement en 12 à 18 mois. Par la suite, les services ADAS deviennent un service à forte marge de profit », conclut Ali Raza Rizvi.

Un pensez-y-bien
Rémi Michaud, directeur régional pour le Québec chez CARSTAR, soutient que la situation sur le terrain est plutôt inégale. « On parle d’investissements de dizaines de milliers de dollars pour l’achat d’équipements qui ne sont pas toujours facilement rentabilisables. De plus, on observe un nombre croissant de calibrations dynamiques, qui se font sur la route et ne nécessitent pas de machines en atelier. »
Il ajoute également que tous les ateliers n’ont pas l’espace, le temps ou les ressources humaines nécessaires pour offrir ce service de pointe. De plus, selon lui, plusieurs assureurs doivent être sensibilisés sur la nécessité de réaliser toutes les calibrations avant de remettre les véhicules de leurs clients sur la route et de payer à leur pleine valeur l’opération.
Cela dit, M. Michaud concède que ne pas effectuer à l’interne les vérifications et calibrations des composantes des systèmes avancés d’aide à la conduite représente une opportunité manquée de contrôler la qualité et les délais tout en générant des revenus supplémentaires.
« Ce que je dis aux carrossiers, c’est que s’ils veulent réaliser ces opérations de calibration, ils doivent le faire sérieusement », maintient le directeur régional de CARSTAR. « Identifier les vrais problèmes avant la réparation, s’assurer qu’ils sont correctement corrigés et les documenter demandent de la rigueur. Cette vigilance doit également s’appliquer durant les travaux, car le remplacement d’un pare-chocs, par exemple, peut déplacer un radar qu’il faudra calibrer par la suite. Nous entendons encore aujourd’hui de nombreuses histoires d’horreur ! Il n’y a pas de place pour les apprentis sorciers. »
Selon lui, la solution est de s’entendre avec un carrossier du réseau qui détient cette expertise pour lui confier cette opération.
Zakari Krieger, vice-président de Prime CarCare du Réseau Fix Canada, constate également que « de nombreux véhicules retournent sur la route après des réparations de collision sans diagnostics ni calibrations ADAS appropriés. Cet écart entre la technologie des véhicules et l’exécution des réparations représente à la fois un risque sérieux en matière de responsabilité et une occasion d’affaires manquée pour les ateliers de réparation de collision. »
Analyser avant d’investir
Avec une approche réaliste, M. Krieger reconnaît que, pour de nombreux carrossiers, la question clé demeure de savoir s’il faut effectuer les calibrations à l’interne ou continuer à sous-traiter ce travail.
« Il n’existe pas de solution universelle. Toutefois, pour les ateliers disposant d’un volume suffisant, d’une superficie adéquate et d’une solide maturité opérationnelle, les calibrations réalisées à l’interne peuvent devenir un avantage stratégique. »
M. Krieger constate que de nombreux propriétaires d’ateliers au sein du Réseau Fix au Canada ont adopté une approche d’affaires segmentée, séparant les opérations de calibration et de vitres d’auto des activités traditionnelles de réparation de collision. « Ce modèle permet aux propriétaires de maintenir leur concentration opérationnelle tout en créant un fournisseur interne contrôlé pour les diagnostics et la calibration ADAS. Les ateliers gèrent les véhicules en interne, ce qui permet de conserver les revenus au sein de l’entreprise tout en améliorant les délais de traitement, le contrôle de la qualité et la cohérence des données. »
Dans ce réseau, certains propriétaires vont plus loin en intégrant les opérations NOVUS Vitres d’auto, afin de capter un potentiel commercial supplémentaire. « Au-delà du soutien au volume interne de carrosserie, les services de vitres et de calibration ouvrent de nouvelles sources de revenus, tant B2B que grand public », signale avec justesse M. Krieger.
Conserver l’expertise
Ce constat rejoint l’opinion de ses collègues qui voient dans le développement d’une expertise au sein de certains ateliers une solution de transition, garantissant que les volumes d’affaires restent au moins, au sein du réseau des ateliers de la même franchise.
En prenant du recul, M. Krieger souligne que « des unités d’affaires diversifiées mais complémentaires renforcent également la planification de la relève et la valeur de l’entreprise, en créant des modèles d’affaires plus clairs et évolutifs, soutenus par des marques reconnues et des processus standardisés. »
En conclusion de cette discussion, Zakari Krieger explique que le Réseau Fix soutient ses franchisés grâce à des données opérationnelles complètes et à des modèles d’analyse de rentabilité. C’est une manière structurée de déterminer quand les calibrations réalisées à l’interne sont judicieuses — et quand elles ne le sont pas. « L’objectif n’est pas simplement d’ajouter un service, mais de s’assurer qu’il contribue de façon durable à la rentabilité et à l’efficacité opérationnelle », conclut M. Krieger.





LANAUDIÈRE
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