L’ère des robots s’implante en carrosserie

David Rau, directeur général du volet automatisation chez SATA. Crédit : Michel Beaunoyer
Invité par Automechanika à son grand salon de Francfort en septembre, Autosphere a pu noter les grandes tendances qui marquent l’évolution du secteur de la carrosserie.
Deux constats : la main-d’œuvre est rare et les marges de profit minces. Ce qu’on entend aussi sur le plancher d’Automechanika, c’est que les volumes sont en baisse, tout comme la gravité des réparations. Pourquoi ? Les systèmes avancés d’aide à la conduite (ADAS) réduisent la gravité des collisions, quand ils ne les évitent tout simplement pas. Cela a effacé une partie des travaux légers sur les voitures récentes découlant d’accrochages dans les stationnements commerciaux, par exemple, qui amenaient de l’eau au moulin des carrossiers.
L’autre élément, concernant la gravité, serait lié à la forte augmentation des coûts de réparation. À telle enseigne qu’un véhicule réparable il y a quelques années, voire quelques mois, sera aujourd’hui déclaré perte totale. Un carrossier allemand confiait n’utiliser que rarement sa table de redressement, puisqu’un véhicule dont le châssis était endommagé par une collision d’importance ne se rendait plus à la réparation.

Allô robot
Nous avons déjà mentionné dans nos pages l’arrivée graduelle de systèmes automatiques dans les ateliers de carrosserie. Sur le plancher d’Automechanika, ces percées des robots de tout acabit se confirment. Pour l’instant, les solutions proposées par les fournisseurs d’équipements visent surtout les ateliers à forts volumes ; les investissements sont majeurs et doivent être absorbés par une utilisation optimale.
« Nous estimons le retour sur investissement à environ trois ans », indique David Rau, directeur général du volet automatisation chez le fournisseur SATA lors d’une rencontre devant la nouvelle chambre à peinture robotisée JetStream qui sera commercialisée sur notre continent l’an prochain. Le système automatisé reconnaît en ce moment 4500 modèles de véhicules et cette banque de données s’enrichit constamment.
Les capacités du robot peintre évoluent aussi et il poursuivra son apprentissage pour accepter un plus grand nombre de travaux. Pour l’instant, par exemple, il ne fait pas les intérieurs ou les dégradés, mais cette programmation va être mise à jour au rythme du développement des applications.
« L’avantage de ce système, explique M. Rau, c’est sa précision et sa constance. On réduit les pertes de matériel, qu’il s’agisse d’un apprêt, d’une peinture pigmentée ou d’un vernis. Il y a aussi une constance de l’application, ce qui garantit le même résultat, évitant les reprises. » Il est estimé qu’environ le tiers des travaux de peinture en atelier, véhicules complets comme pièces détachées, peuvent être confiés au robot de SATA. Ce pourcentage est appelé à croître au fil de la bonification des applications. En fait, les capacités du robot pourront être augmentées par une simple mise à jour du logiciel de contrôle.
Nous avons demandé à M. Rau ce qu’un peintre en carrosserie pourrait bien penser de l’arrivée d’un remplaçant mécanique. « Un remplaçant, pas vraiment ! tranche-t-il. On voit le champ d’application d’un système automatisé comme le JetStream. Cette approche est très intéressante pour la jeune génération de techniciens qui sont davantage intéressés par la programmation d’un robot qu’à passer de longues heures dans une chambre à peinture. »

Pallier le manque de ressources qualifiées
Une visite chez un autre fournisseur nous indique toutefois que si le robot contribue à optimiser l’atelier, il ne peut pas pour autant tout faire. Cependant, les projets que le fabricant allemand SEHON mène de l’avant en combinant le robot peintre et l’intelligence artificielle visent à combler une pénurie de techniciens qualifiés qui ne semble pas sur le point de se résorber. Même les pronostics les plus optimistes révèlent que 20 à 30 % des travaux de peinture aboutiront nécessairement entre les mains d’un humain.
Au kiosque de cet équipementier, on ajoute que la chambre à peinture automatisée est un complément logique aux systèmes de mélange de peinture entièrement automatisés.

La bonne couleur, chaque fois
D’ailleurs, Autosphere a eu l’occasion de rencontrer l’équipe des Systèmes de revêtements Axalta alors qu’elle faisait justement une démonstration de leur machine Irus, lancée il y a quelques années, mais qui commence à trouver place dans certains de nos ateliers. Certains seulement, car ici aussi, le lourd investissement serait à considérer par les ateliers livrant plus de 25 véhicules par semaine.
Le processus de préparation de la peinture se déroule en trois étapes. Un spectrophotomètre est appliqué sur la zone du véhicule de la couleur à reproduire. Cette mesure est analysée et comparée à la base de données d’Axalta qui va trouver la formule correspondante. Finalement, la recette nécessaire pour obtenir la couleur désirée est prise en charge par la machine à dosage qui va mélanger la formule sans intervention humaine. En fait, l’expertise humaine est encore utile dans l’estimation des volumes nécessaires pour couvrir la zone ou les pièces à repeindre, même si un outil numérique existe pour faire le calcul.
Ici encore, l’objectif de l’automatisation est de libérer les techniciens qui peuvent se consacrer à d’autres tâches pendant que la machine se met au travail, de réduire le gaspillage et d’obtenir une précision d’harmonisation difficilement atteignable par le meilleur œil humain.
Les technologies évoquées dans cet article répondent bien à une tendance de consolidation dans l’industrie : des ateliers plus grands, certifiés et équipés à la fine pointe ou des regroupements d’ateliers qui ont chacun leur spécialisation, mais partagent certains équipements pour les optimiser. Tout ça dans un cadre de techniques de réparation de plus en plus complexes employées par une main-d’œuvre qualifiée se faisant rare.
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