Les mille facettes de la mobilité mondiale

Willem Groenewald de la FIA échange avec Constantin Gall de la firme Ernst & Young. Crédit : Michel Beaunoyer
Dans le cadre du salon Automechanika de Francfort en septembre dernier, une conférence faisait le point sur la mobilité sur dix marchés mondiaux, dont l’Amérique du Nord.
Une étude commandée par la FIA (Fédération internationale de l’automobile) à la firme Ernst & Young a sondé 10 000 consommateurs sur dix marchés, dont l’Amérique du Nord, afin de tracer les grandes tendances mondiales en matière de mobilité. Rappelons que la FIA réglemente le sport automobile mais a aussi pour mission d’analyser et de favoriser la mobilité sûre, abordable et durable par le truchement de 246 clubs automobiles répartis dans 149 pays.
Mais que dit cette étude ? Tout d’abord, la voiture individuelle reste au cœur des déplacements. Ainsi, 77 % des répondants disent avoir accès à un véhicule privé et 88 % indiquent s’en servir au moins une fois par mois. Ce taux d’utilisation s’explique par la combinaison de plusieurs modes de transport, les répondants expliquant que leur mobilité dépend de l’efficacité des infrastructures de transport collectif, de leur sécurité et de leur capacité à répondre à leurs besoins particuliers. Aussi, 55 % des gens qui ne possèdent pas de voiture citent le coût trop élevé d’acquisition comme principal facteur. En fait, en général, plus le revenu du répondant est bas, plus fortes sont les chances qu’il utilise le transport collectif.
En matière de mobilité, l’étude indique que le consommateur va choisir la solution pratique, fiable et sécuritaire avant d’être charmé par l’offre de nouvelles technologies de déplacement.
Et l’électrification ?
Selon Ernst & Young, on compte présentement 1,4 milliard de véhicules légers sur les routes du monde. De ce nombre, 8 % sont électriques. Championne dans cette catégorie, la Chine roule à 21 % à l’électrique. Le rapport note que 35 % des propriétaires de véhicules à batterie possèdent également un véhicule à essence. « Si on voit qu’une voiture sur deux vendues dans le monde est maintenant électrique, il faut dire que la grande majorité du parc fonctionne à l’essence », constate Constantin Gall de la firme Ernst & Young. Le spécialiste constate aussi que l’adoption de l’électrique fluctue d’un marché à l’autre, notamment à la lumière de la volonté politique de forcer le virage vert.
En fait, la transition est plus lente que prévue et dépend, certes, de la volonté du gouvernement, mais également des sources d’énergie disponibles et de la qualité des infrastructures. « Si un pays souhaite l’adoption de véhicules électriques ou hybrides, il devrait davantage s’assurer de la présence d’infrastructures de recharge abordables et accessibles que d’offrir des subventions à l’acquisition », tranche Willem Groenewald de la FIA.
Il constate également l’écart ville / campagne, alors que les gens habitant hors des circuits de proximité de transport en commun boudent l’électrique mais vont quand même compter sur l’automobile pour l’essentiel de leurs déplacements.
L’abordabilité reste la clé
Selon cette étude, l’âge moyen des véhicules roulant sur la planète dépasse 11 ans. Lorsque le moment vient de considérer le remplacement, l’automobiliste s’arrêtera tout d’abord au prix, comme indiqué plus haut. Ensuite, son choix reposera sur la confiance envers la marque. Cela explique une certaine réticence à acheter un véhicule venant d’un constructeur peu connu sur le marché, hésitation qui peut être contrée par les incitatifs financiers.
Le consommateur apprécie les nouvelles technologies, mais est conscient que leur intégration dans un véhicule va en augmenter la facture. Certains constructeurs proposent ainsi des voitures avec moins d’accessoires technologiques sur des marchés où le prix prévaut sur les gadgets. En fait, les systèmes avancés d’aide à la conduite ne plaisent pas à tous et si l’ensemble des conducteurs souhaite un véhicule sécuritaire, ils rechignent à absorber les coûts de ces technologies de pointe.
Selon ces deux experts, le marché de la mobilité tend à se fractionner. « Il y a dix ans, on annonçait que la planète roulerait à l’électricité aujourd’hui, rappelle M. Groenewald. La réalité est beaucoup plus nuancée. Chaque marché progresse à son rythme et de nouvelles solutions apparaissent constamment. »
À la lumière de cette présentation, il appert également que pour les constructeurs automobiles, le fractionnement des marchés va demander une grande flexibilité. On ne peut pas proposer un véhicule pour répondre à toutes les attentes. Et la solution d’aujourd’hui ne conviendra plus demain. D’autant que de nouveaux joueurs venus d’Asie viennent brouiller les cartes sur tous les marchés.
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