Les raisons du coût élevé des pièces de remplacement

Le coût élevé des pièces de remplacement joue sur le pourcentage de voitures considérées comme pertes totales après collision. Crédit : Envato
Certes, la technologie impliquée dans la conception des pièces de carrosserie explique la hausse de leur valeur. Mais cela n’est pas le seul facteur et les conséquences de cette hausse sont importantes.
Patrick Marois est directeur du centre de recherche des pièces en rupture (BO) chez Unipièce O.E.M. Doublé d’un évaluateur expérimenté, M. Marois est bien placé pour constater l’explosion du prix des pièces de remplacement au cours des dernières années. Il est d’accord pour dire que la complexification de certaines pièces en explique la hausse fulgurante du prix (voir l’article de notre journaliste à ce sujet ). Toutefois, selon lui, si les pièces de remplacement se sont valorisées de la sorte, c’est à cause des glissements du marché entre l’offre et la demande.
« Il y a 20 ans, l’atelier pouvait espérer recevoir des pièces de remplacement, d’origine, recyclées ou équivalentes, en l’espace de deux ou trois jours. Maintenant, le temps d’attente se compte en semaines », explique M. Marois. « Les entrepôts se sont éloignés de notre marché et les inventaires sont réduits. Oui, certaines pièces viennent des États-Unis, mais ce qui affecte les carrossiers, ce ne sont pas les effets des frais de douane, mais les délais. »
Selon lui, il faut attribuer à la pandémie une bonne part de la hausse du prix des pièces. « Il y a eu une hausse des matières premières et surtout de tout ce qui touche à l’électronique », rappelle l’expert. Et ces prix n’ont guère diminué depuis.
Tout comme notre journaliste, M. Marois constate qu’une pièce simple, comme un miroir, s’est nettement complexifiée au cours des dernières années. Ajusté électriquement, chauffant, contenant un capteur d’angles morts, ce n’est plus la pièce simple de jadis.
La hausse du coût des pièces de remplacement s’explique. Toutefois, cette réalité a-t-elle une incidence sur l’augmentation du pourcentage des véhicules accidentés déclarés pertes totales ? « La réponse est oui », tranche Sonia Bouthillette, vice-présidente des ventes et opérations du Réseau Fix. « Le coût des pièces a un impact significatif sur le prix d’une réparation et, par conséquent, sur le pourcentage de véhicules déclarés perte totale. »
Elle donne comme exemple un phare avant sur un véhicule récent dont le coût peut atteindre 3 500 $. Sur un Hyundai Palisade 2025, par exemple, cela représente à lui seul environ 4 à 6 % de la valeur marchande du véhicule (valeur au moment du sinistre).
« Aussi, le phare n’est généralement pas la seule composante touchée lors d’une collision. Lorsque celui-ci doit être remplacé, il y a souvent des dommages au pare-chocs, à l’aile, aux supports, aux capteurs ADAS, aux caméras et à d’autres composantes à proximité. Une fois les pièces, la peinture, les calibrations électroniques et la main-d’œuvre ajoutées, une réparation relativement petite en apparence peut vite atteindre plusieurs milliers de dollars. »
Nous avons aussi demandé à Mme Bouthillette de nous expliquer le phénomène qui veut que, malgré le coût croissant des pièces, en cas de collision, elles soient souvent simplement remplacées sans même qu’il soit envisagé de les réparer.
« Bien que plusieurs composants puissent techniquement être réparés, une combinaison de restrictions des constructeurs (OEM), d’enjeux de formation, de pression sur les délais, de considérations liées à la garantie et d’un manque de main-d’œuvre spécialisée fait en sorte que le remplacement demeure souvent l’approche privilégiée dans l’industrie aujourd’hui », constate la vice-présidente.
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