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Pour des véhicules à taille humaine par Colleen Thorpe

Pour Équiterre, la vaste majorité des automobilistes n’ont pas besoin d’un camion léger au quotidien. PHOTO Shutterstock

Équiterre souhaite répondre au texte « Et la guerre aux VUS… NON ! » de M. Robert Poëti, président de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec, publié sur Autosphere.ca.

Notre climat s’emballe. La biodiversité et les écosystèmes s’appauvrissent. Chaque nouvelle extraction de ressources naturelles contribue à les fragiliser.

Les risques de nouvelles sécheresses, d’inondations et d’épisodes de chaleur extrême se multiplient déjà, ce qui affectera la qualité et la sécurité de nos milieux de vie. Nous ne sommes pas en voie d’offrir un avenir viable aux générations actuelles et futures.

Bref, jusqu’ici, nous n’avons pas déployé des mesures à la hauteur de la crise climatique. Mais il est encore temps d’agir. Justement, la pandémie a souligné le besoin de prévenir les maux de société afin d’accroître notre résilience collective.

Dans ce cas-ci, il n’est pas question de « faire la guerre » aux gros véhicules, mais bien de s’attarder aux enjeux qui ralentissent la transition vers un monde durable.

Il est temps d’admettre que les véhicules surdimensionnés portent un coût écologique qu’on ne peut ignorer, et les professionnels du secteur automobile ont un rôle à jouer pour renverser cette tendance.

Cibles climatiques : un retard à rattraper

D’abord, le gouvernement québécois s’est engagé à réduire les émissions de GES de la province de 37,5 % par rapport aux niveaux de 1990.

Malgré cette cible claire, les émissions du secteur du transport routier sont toujours en hausse. En 2018, elles représentaient plus du tiers des émissions totales du Québec.

Camions légers : une croissance qui nuit aux efforts d’électrification

Entre 1990 et 2018, le nombre de camions légers sur les routes du Québec a plus que triplé.

En 2019, 11 camions légers étaient vendus pour chaque voiture électrique au Québec. Ce dernier type de véhicule ne représentait que 6 % des ventes de véhicules neufs. Les émissions de GES des camions légers ont augmenté de 156 % entre 1990 et 2018, alors que celles des voitures standards ont diminué de -19 %.

Les efforts d’électrification des gouvernements et de la société sont donc contrecarrés par la popularité croissante des gros véhicules.
En ce sens, les concessionnaires ont tout intérêt à considérer ces éléments au moment de conseiller un véhicule à leur clientèle et de valoriser les modèles dont la taille est adaptée à ses besoins réels.

Quels besoins ?

Alors que plusieurs justifient la présence de véhicules surdimensionnés par les impératifs de notre immense territoire, de notre rude hiver ou de la vie familiale, il n’en a pas toujours été ainsi. Pourtant, ledit territoire demeure inchangé, le climat se réchauffe et on fait moins d’enfants qu’avant.

Équiterre reconnaît l’utilité et la nécessité des gros véhicules lorsqu’ils répondent à des besoins réels comme dans le cadre d’activités professionnelles, que ce soit pour tracter des charges lourdes ou pour transporter du matériel fréquemment.

Les camions légers représentent 80 % des ventes de véhicules neufs au Canada en 2020. Or, ce ne sont pas 80 % de ces nouveaux propriétaires qui nécessitent un gros véhicule au quotidien.

Notre action s’adresse donc à ces individus et ces ménages qui vivent dans les centres urbains, où les alternatives plus durables sont de plus en plus répandues (transport en commun, autopartage et infrastructures cyclables), et qui pourraient opter pour des modèles de taille plus adaptée.

Au-delà des émissions des GES : les impacts socio-économiques des véhicules surdimensionnés

Une étude réalisée à partir de données québécoises et canadiennes par la Chaire Mobilité de Polytechnique Montréal, à paraître en 2021, a mis en lumière les conséquences de la multiplication des camions légers au niveau de la sécurité.

La littérature indique que la hauteur des véhicules utilitaires sport (VUS) augmente le risque d’effectuer des tonneaux lors de dérapages, et les angles morts de ces véhicules peuvent être jusqu’à deux fois plus importants que ceux des voitures.

Ensuite, la hauteur moyenne croissante des camions légers est préoccupante : le point de contact avant des camions légers est plus haut que celui d’une voiture, augmentant ainsi les risques de blessures graves et de décès lors d’une collision avec une piétonne ou un piéton.

Une revue de littérature indique que la personne à pied est deux à trois fois plus susceptible de succomber à une collision causée par un VUS que par une voiture.

Ajoutons à cela la position surélevée qu’occupe la personne au volant, ce qui réduit sa conscience de la vitesse et son contact avec la chaussée. Mis ensemble, ces ingrédients ne peuvent mener qu’à des drames.

Les gros véhicules électriques : la panacée ?

Le fait qu’ils soient électriques n’annule pas les impacts des VUS. Alors que le Québec interdira la vente de véhicules à essence neufs à compter de 2035, souhaitons-nous collectivement perpétuer les impacts mentionnés plus haut ?

Est-ce réellement ce que nous voulons pour nous et nos enfants? La prise en compte des coûts environnementaux liés à la fabrication des camions légers électriques est nécessaire. Plus lourds que les voitures traditionnelles, ils nécessitent logiquement une batterie plus puissante.

Accroître le tribut écologique de la fabrication de véhicules plus gros n’est pas justifié alors que des véhicules plus petits existent et répondent aux besoins de la majorité des ménages. La sobriété en ressources extraites de la terre est un autre principe fondamental que nous n’avons plus le luxe de négliger.

Enfin, il va de soi qu’il faut réduire l’empreinte environnementale du transport des personnes dans son ensemble. Cela passe par la réduction du nombre de véhicules sur nos routes, la réduction de leur taille et l’amélioration du rendement énergétique des véhicules à essence (d’ici l’interdiction de les vendre).

La transition vers un Québec électrifié est l’occasion de repenser nos choix individuels et collectifs de manière à ce que la planète et les humains qui l’habitent y gagnent tous les deux.

À propos d’Équiterre

Fortement préoccupée par la crise climatique depuis 25 ans, Équiterre a développé une expertise en matière de politiques publiques visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Devant la part disproportionnée des émissions issues du secteur des transports au Québec et au Canada, l’organisme a rapidement identifié les choix de mobilité ainsi que les pratiques d’aménagement du territoire comme des priorités d’action.


Colleen Thorpe est directrice générale de l’organisation environnementale Équiterre depuis 2019. Elle est spécialisée en responsabilité sociale des entreprises et en consommation responsable. Auparavant directrice des programmes éducatifs d’Équiterre, elle œuvre au sein de l’organisme depuis plus de 10 ans.

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